Épargner pour les études d'un enfant : le PER n'est pas l'outil
Publié le 26/05/2026 · 14 min de lecture · Calculateurs finance
Camille Laurent — Rédactrice Finance chez OneKitly
Fiscalité · Finances personnelles
Vérifié à partir de 8 sources
Commençons par écarter une confusion coûteuse. Un plan d'épargne retraite ne finance pas des études. Le PER est bloqué jusqu'à la liquidation des droits, et les cas de déblocage anticipé prévus par le code monétaire et financier sont limitatifs : décès du conjoint ou du partenaire de PACS, invalidité du titulaire, de ses enfants ou de son conjoint, situation de surendettement, expiration des droits à l'assurance chômage, cessation d'activité non salariée après liquidation judiciaire, et acquisition de la résidence principale. Les études d'un enfant ne figurent nulle part dans cette liste. Ce qui joue le rôle du 529 américain en France, ce sont des enveloppes générales dont la fiscalité récompense la durée. L'assurance-vie en est la principale : après huit ans de détention, les gains rachetés bénéficient d'un abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune, puis d'un taux réduit sur la fraction correspondant aux primes en deçà d'un plafond — taux et plafond à vérifier dans le texte en vigueur — auxquels s'ajoutent les prélèvements sociaux. Le PEA offre son propre régime au-delà de cinq ans, mais avec un univers d'investissement plus étroit. Et pour la partie qu'on ne veut pas exposer, le livret A et le LDDS restent nets d'impôt. L'arithmétique, elle, est la même partout : 300 € par mois pendant dix-huit ans à 6 % font 116 206 €, dont 64 800 € de versements et 51 406 € de gains. C'est cette part de gains, et elle seule, que l'enveloppe fiscale protège.
Un plan d'épargne retraite est bloqué jusqu'à la retraite : les études n'ouvrent aucun cas de déblocage anticipé. L'instrument réellement utilisable est l'assurance-vie, avec son abattement annuel après huit ans — et 300 € par mois à 6 % pendant dix-huit ans font 116 206 €, dont 51 406 € d'intérêts.
Ce que l'enveloppe protège, et ce qu'elle ne protège pas
Une enveloppe fiscale ne protège jamais les versements. Elle protège les gains, et seulement eux. Sur un plan de 300 € par mois pendant dix-huit ans à 6 %, le capital atteint 116 206 € : 64 800 € viennent de toi et 51 406 € des marchés. C'est cette seconde moitié que l'abattement de l'assurance-vie, ou l'exonération d'un livret, met à l'abri. Autrement dit, l'avantage fiscal est proportionnel au temps pendant lequel l'argent a travaillé — ce qui explique pourquoi la même enveloppe ouverte huit ans avant l'entrée à l'université ne vaut presque rien, alors qu'ouverte à la naissance elle vaut beaucoup.
Il faut donc distinguer trois choses que le mot « avantage » confond. La première est un avantage à l'entrée : une réduction ou un crédit d'impôt sur les versements. L'assurance-vie n'en offre aucun. La deuxième est un avantage à la capitalisation : les gains ne sont pas imposés tant qu'ils restent dans le contrat, ce qui est l'essentiel de l'effet et vaut d'autant plus que l'horizon est long. La troisième est un avantage à la sortie : l'abattement de 4 600 € ou 9 200 € par an après huit ans, plus un taux réduit sur une partie du reste. Un produit peut offrir la deuxième sans la première, et c'est le cas ici. Comparer deux enveloppes sans dire de laquelle des trois on parle mène systématiquement à la mauvaise conclusion.
Ce que valent dix-huit ans, et ce que coûte d'en perdre dix
Reprenons les 300 € par mois à 6 %. Sur dix-huit ans, le capital atteint 116 206 €. Sur huit ans — c'est-à-dire si l'on commence quand l'enfant a dix ans plutôt qu'à sa naissance — le même versement produit 36 849 €. La différence, 79 357 €, ne vient pas d'un meilleur placement : elle vient de ce que les premiers versements sont ceux qui restent investis le plus longtemps. Dix ans de retard coûtent 68 % du résultat, alors qu'ils ne représentent que 55 % des versements manqués.
Cela conduit à une règle pratique simple : commencer petit tôt bat commencer gros tard, et l'écart n'est pas marginal. Pour atteindre 116 206 € en huit ans au même rendement, il faudrait verser environ 946 € par mois au lieu de 300 €. Formulé autrement : chaque année de retard doit être rachetée par une hausse de versement, et le taux de change entre les deux se dégrade à mesure que l'horizon raccourcit. Si tu hésites sur le montant, ouvre avec un montant modeste et augmente-le ; ce qui compte le plus est la date de départ, pas la première mensualité.
L'écart entre l'objectif et le plan
Mets maintenant côte à côte le plan et l'objectif. Dans l'article de cette série consacré au coût des études, une licence de trois ans commencée dans cinq ans revenait à 34 391 € sous des hypothèses affichées. Un plan de 300 € par mois sur cinq ans à 6 % produit environ 21 000 € : il couvre donc à peu près 61 % de la cible. Pour la couvrir entièrement sur le même horizon, il faudrait environ 492 € par mois. La question utile n'est pas « est-ce que j'épargne assez ? » dans l'abstrait, mais « quel pourcentage de la cible mon versement actuel finance ? » — parce que la réponse est un nombre, et qu'elle se corrige.
Fais cet exercice avec la cible complète et la cible nette d'aides, comme dans l'article sur le coût des études. L'écart entre les deux mesure exactement le risque que porte ton plan si la situation de revenus du foyer change d'ici là. Et refaites-le une fois par an : la cible bouge avec l'inflation des coûts et le plan bouge avec les marchés, et laisser dix-huit ans s'écouler sans jamais recalculer garantit de découvrir l'écart au pire moment.
Et si l'argent ne sert pas aux études ?
La question qui empêche d'ouvrir un contrat mérite une réponse chiffrée. En France, une enveloppe générale ne pose pas ce problème du tout : rien n'oblige à dépenser l'argent d'une assurance-vie pour des études, et un contrat non utilisé continue simplement à courir, avec un avantage fiscal qui s'améliore avec l'ancienneté. C'est le revers exact du 529 américain, qui offre une exonération totale à la sortie mais l'assortit d'une condition d'emploi, avec une pénalité de 10 % sur la part de gains en cas de retrait non qualifié. Souplesse d'un côté, exonération de l'autre : le choix n'est pas idéologique, il dépend de la probabilité que l'argent serve effectivement à ce pour quoi il a été mis de côté.
Une dernière remarque de méthode. Si le contrat est ouvert au nom de l'enfant plutôt qu'au vôtre, la question de la souplesse change de nature : ce n'est plus une question fiscale mais une question de propriété. Les sommes appartiennent alors à l'enfant, qui en dispose librement à sa majorité, et tu ne peux plus décider de les affecter à autre chose. Beaucoup de familles ouvrent le contrat à leur propre nom pour cette seule raison, en acceptant de payer l'impôt sur une partie des gains le jour où elles rachètent. C'est un arbitrage entre contrôle et fiscalité, et il mérite d'être fait consciemment.
Ce que le calculateur fait, et ce qu'il ne fait pas
La calculatrice de cette page projette un solde, le compare à un coût inflaté et te dit combien il manque et quel versement mensuel comblerait l'écart. Elle fait cela pour n'importe quelle enveloppe : c'est un modèle d'accumulation, pas un modèle fiscal. Elle ne sait pas si tes gains seront exonérés, ne connaît pas ton abattement, n'applique aucun prélèvement social et ignore les frais de gestion du contrat — qui, sur dix-huit ans, pèsent souvent plus que la fiscalité. Un contrat facturant 0,8 % de frais annuels sur les unités de compte transforme un rendement brut de 6 % en 5,2 %, ce qui ramène 116 206 € à 106 935 €.
Ce qu'elle fait bien, en revanche, c'est t'obliger à écrire tes hypothèses : rendement attendu, inflation des coûts, part du coût à couvrir, âge d'entrée et durée. Ce dernier champ, la part à couvrir, est celui qu'il faut manier consciemment. Le réglage à 33 % correspond à une règle de partage courante — un tiers d'épargne accumulée, un tiers de revenu courant pendant les études, un tiers d'emprunt ou de travail étudiant — et il rend l'objectif atteignable là où viser 100 % le rend décourageant.
| Pays | Existe-t-il une enveloppe dédiée aux études ? | Ce que la règle fiscale récompense, et ce qu'elle coûte |
|---|---|---|
| États-Unis | Oui — le qualified tuition program de la section 529. Les versements ne sont pas déductibles au niveau fédéral ; la capitalisation et les retraits qualifiés échappent à l'impôt fédéral sur le revenu. Les versements sont des donations, et la section 529(c)(2)(B) permet d'étaler une somme sur cinq années d'abattement annuel | Elle récompense le fait de ne pas toucher aux gains. Un retrait non qualifié n'est imposé et pénalisé que sur sa part de gains, au prorata du capital versé — pas sur le retrait entier. Le prix, c'est la couche étatique : une déduction d'État déjà obtenue peut être reprise si l'État ne qualifie pas le même retrait |
| France | Aucune enveloppe dédiée aux études, et le PER n'en est pas une : il est bloqué jusqu'à la retraite et les cas limitatifs de déblocage anticipé du code monétaire et financier ne comprennent pas les études d'un enfant. Ce qui sert, ce sont l'assurance-vie, le PEA et l'épargne réglementée | Elle récompense la durée, pas la destination. Après huit ans, les rachats d'assurance-vie bénéficient d'un abattement annuel sur les gains — 4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune — puis d'un taux réduit sur une partie du reste, plus les prélèvements sociaux. Rien n'oblige à dépenser cet argent pour des études |
| Portugal | Oui, et c'est la seule véritable de ce tableau hors États-Unis. Le décret-loi 158/2002 régit le plano poupança-educação et le plan combiné retraite-éducation aux côtés du plan retraite, et son article 4 fait de l'inscription ou de la fréquentation d'une formation professionnelle ou supérieure un motif légal de rachat | Elle récompense doublement la patience. Le rachat pour motif d'études ne porte que sur les versements effectués depuis au moins cinq ans, et un plafond annuel par étudiant est fixé par arrêté — le plan est donc inutile à une famille qui commence à épargner l'année de l'entrée, et le plafond doit être lu dans le texte en vigueur |
| Allemagne | Non. Ce qui existe est un choix de titulaire : le compte-titres du parent, ou un Junior-Depot au nom de l'enfant. Les deux détiennent les mêmes fonds ; ils diffèrent par la propriété de l'argent | Le compte de l'enfant ouvre droit à son propre Sparer-Pauschbetrag de 1 000 € au titre du § 20 al. 9 de la loi sur l'impôt sur le revenu, plus son abattement de base, ce qui allège l'imposition courante sur les gros encours. Le prix n'est pas fiscal : l'argent appartient irrévocablement à l'enfant, qui en décide seul à dix-huit ans |
| Espagne | Aucun compte éducatif dédié, et le plan de retraite ne comble pas ce vide : ses cas de liquidité sont fixés par la loi et les frais de scolarité d'un enfant n'en font pas partie | La règle utile est l'article 94 de la loi sur l'impôt sur le revenu : le transfert entre organismes de placement collectif ne réalise pas la plus-value, de sorte que le portefeuille peut être modifié sans impôt et que le gain n'est taxé qu'une fois, au rachat, dans la base de l'épargne |
| Italie | Non. Le fonds de pension n'est pas non plus un substitut : les avances ne sont admises que pour des causes limitatives — dépenses de santé extraordinaires, achat ou rénovation de la première résidence, et une fraction pour d'autres besoins après huit ans d'adhésion — parmi lesquelles ne figure pas l'éducation | Un simple plan d'accumulation sur des instruments ordinaires, imposé à 26 % sur les revenus financiers, 12,5 % sur les titres d'État et assimilés. Aucun allègement spécifique aux études : le seul levier est le temps — et le choix du titulaire, qui décide à qui appartient l'argent à dix-huit ans |
Questions fréquentes
- Peut-on débloquer un PER pour financer les études d'un enfant ?
- Non. Le plan d'épargne retraite est bloqué jusqu'à la liquidation des droits, et les cas de déblocage anticipé prévus par le code monétaire et financier sont limitatifs : décès du conjoint ou du partenaire de PACS, invalidité du titulaire, de ses enfants, de son conjoint ou partenaire, surendettement, expiration des droits à l'assurance chômage, cessation d'activité non salariée à la suite d'une liquidation judiciaire, et acquisition de la résidence principale. Les études d'un enfant ne figurent pas dans cette liste et aucun établissement ne peut y déroger. Pour un projet d'études, l'instrument adapté est une enveloppe disponible — assurance-vie, PEA au-delà de cinq ans, ou épargne réglementée — et non un produit dont la disponibilité est conditionnée à la retraite.
- Que se passe-t-il si l'enfant ne fait pas d'études ?
- En France la question ne se pose pas dans les mêmes termes, et c'est le principal avantage de l'approche par enveloppe générale : une assurance-vie n'a aucune condition d'emploi. Si l'enfant ne fait pas d'études, le contrat continue simplement, son antériorité fiscale continue de courir et l'argent peut servir à tout autre chose — un apport immobilier, un capital de démarrage, ou ta propre retraite. Le seul cas où la souplesse disparaît est celui du contrat ouvert au nom de l'enfant : les sommes lui appartiennent et il en dispose librement à dix-huit ans. Si le doute existe, ouvre à ton nom et désigne l'enfant comme bénéficiaire plutôt que comme souscripteur.
- Les grands-parents peuvent-ils alimenter l'épargne, et jusqu'à quel montant ?
- Oui, et sans plafond fiscal particulier tant qu'on reste dans la logique du présent d'usage ou de la donation déclarée. Deux voies coexistent en France. Un grand-parent peut verser sur un contrat dont il est lui-même souscripteur en désignant l'enfant comme bénéficiaire, ce qui conserve son contrôle de son vivant. Ou il peut faire une donation à l'enfant, avec l'abattement propre aux donations de grands-parents à petits-enfants, renouvelable par période fixée par la loi ; l'enfant, mineur, voit alors les sommes administrées par ses représentants légaux jusqu'à sa majorité. Les montants d'abattement et la périodicité sont révisés : vérifie-les dans le code général des impôts en vigueur avant de t'engager.
- Quel versement mensuel faut-il prévoir ?
- Cela dépend entièrement de la cible retenue, et c'est pourquoi les deux calculateurs vont ensemble. Reprenons la projection de l'article sur le coût des études : une licence de trois ans commencée dans cinq ans, sous hypothèses affichées, revient à 34 391 €. À 6 % de rendement sur cinq ans, la financer intégralement demande environ 492 € par mois. Viser un tiers de la cible, ce qui correspond à la règle de partage courante entre épargne, revenu courant et travail étudiant, la ramène à environ 164 €. La question n'est donc pas « combien faut-il ? » mais « quelle part du coût l'épargne doit-elle porter ? » — réponds d'abord à celle-là.
- L'avantage fiscal vaut-il plus qu'un contrat moins chargé en frais ?
- Compare-les sur la même échelle et la question cesse d'être idéologique. Sur 300 € par mois pendant dix-huit ans, un rendement brut de 6 % produit 116 206 €. Perdre 1,5 point par an à la fiscalité courante — soit 4,5 % net — donne 99 560 € : l'enveloppe vaut donc environ 16 646 € sous ces hypothèses. Applique maintenant le même test aux frais : 0,8 % de frais annuels ramènent les 6 % à 5,2 % et le capital à 106 935 €, un coût de 9 271 €. Frais et impôts sont deux fuites de même nature mesurées sur la même base. Un contrat fiscalement avantageux mais chargé en frais peut parfaitement faire moins bien qu'un compte ordinaire peu chargé : fais les deux calculs plutôt que de supposer.
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Cet article est explicatif. Il montre le fonctionnement d'un calcul et ce qui en change le résultat ; ce n'est pas un conseil financier, fiscal, juridique ou en investissement, il ignore tout de tes revenus, de ton jugement, de ta famille et de ton relevé de carrière, et il ne peut te dire ni quoi signer ni quoi demander. Les règles d'octroi de crédit, les barèmes de pension, les droits d'inscription, les plafonds de versement et les formules de retraite diffèrent selon les pays et sont, pour la plupart, révisés chaque année — chaque règle décrite ci-dessous doit donc être vérifiée dans le texte en vigueur avant que tu t'y fies. Chaque montant est une hypothèse affichée, non une prévision ni un devis. Entre tes propres chiffres dans le calculateur, et consulte un professionnel réglementé avant d'engager de l'argent ou d'accepter un accord.
Sources
- Legal Information Institute, Cornell Law School — 26 U.S.C. § 529 — qualified tuition programs: (c)(7) elementary and secondary expenses, (c)(8) apprenticeships, (c)(9) loan repayment, (c)(3)(E) Roth IRA rollover, (e)(3) qualified higher education expenses and the K-12 dollar cap, (f) credentialing expenses
- U.S. Congress — Pub. L. 119-21, §§ 70413 and 70414 (4 July 2025) — expanded K-12 expenses for distributions after enactment; the K-12 cap raised from 10,000 to 20,000 dollars for taxable years beginning after 31 December 2025; credentialing expenses added
- Internal Revenue Service — Rev. Proc. 2025-32, § 4.42 — the 2026 annual gift tax exclusion is 19,000 dollars
- Diário da República — Decreto-Lei n.º 158/2002 — regime jurídico dos planos de poupança-reforma, poupança-educação e poupança-reforma/educação; artigo 4.º, condições de reembolso
- Autoridade de Supervisão de Seguros e Fundos de Pensões — O reembolso ao participante num plano poupança-reforma / educação — fundamentos legais e regra dos cinco anos
- Bundesministerium der Justiz — Gesetze im Internet — § 20 Absatz 9 EStG — Sparer-Pauschbetrag von 1 000 Euro, bei Zusammenveranlagung 2 000 Euro
- Légifrance — Code monétaire et financier, article L224-4 — cas de déblocage anticipé du plan d'épargne retraite (les études n'y figurent pas)
- Boletín Oficial del Estado — Ley 35/2006 del IRPF, artículo 94 — régimen de traspasos entre instituciones de inversión colectiva
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