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Qu'est-ce que la règle des 40 ? Six façons d'obtenir exactement 40

Publié le 27/05/2026 · 9 min de lecture · Outils business

Camille Laurent

Camille LaurentRédactrice Finance chez OneKitly

Fiscalité · Finances personnelles

Vérifié à partir de 2 sources

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En bref

La règle des 40 dit que le taux de croissance annuelle du chiffre d'affaires d'un éditeur de logiciels, plus sa marge, tous deux en pourcentage, doivent totaliser au moins 40. Une entreprise qui croît de 30 % avec 10 % de marge affiche 40 et passe ; une qui croît de 25 % avec 5 % de marge affiche 30 et échoue. La propriété qui définit cette règle, c'est qu'elle est indifférente entre ses deux entrées : 60 % de croissance à −20 % de marge donne exactement le même 40 que 10 % de croissance à 30 % de marge, alors que sur 10 M€ de revenus la première ajoute 6,0 M€ de revenus nouveaux en brûlant 2,0 M€ de trésorerie et la seconde ajoute 1,0 M€ en générant 3,0 M€. Cette indifférence est toute la critique. La deuxième chose que personne ne précise, c'est quelle marge a été utilisée — marge d'EBITDA, marge de flux de trésorerie disponible, marge opérationnelle et marge nette peuvent différer de 15 points ou plus dans la même entreprise, ce qui suffit à faire passer un score d'une réussite confortable à un échec net. Traite ce nombre comme une question de filtrage, pas comme un verdict, et demande toujours quelle marge l'a produit.

Le taux de croissance plus la marge doivent dépasser 40. Mais 60 % de croissance à −20 % de marge donne le même score que 10 % de croissance à 30 % de marge — et sur 10 M€ de revenus, ce sont deux entreprises opposées.

L'arithmétique, et l'indifférence qui y est intégrée

Le calcul est une simple addition. Prends le taux de croissance du chiffre d'affaires d'une année sur l'autre en pourcentage, prends la marge en pourcentage, additionne, et compare le total à 40. Une croissance de 30 % avec 10 % de marge donne 40 et passe. Une croissance de 25 % avec 5 % de marge donne 30 et échoue, alors qu'une entreprise qui croît d'un quart par an en gagnant de l'argent est une très bonne affaire. Aucune pondération, aucun ajustement pour la taille, aucun terme pour la manière dont ces deux nombres ont été atteints. Cette simplicité explique la diffusion de la règle — on la calcule à partir des deux premières lignes de n'importe quel board deck — et elle est aussi à l'origine de toutes les objections qu'on lui oppose.

L'indifférence mérite qu'on s'y arrête. Comme les deux entrées sont simplement additionnées, la règle attribue des scores identiques à des stratégies opposées. Sur 10 M€ de revenus, une entreprise qui croît de 60 % à −20 % de marge ajoute 6,0 M€ de revenus nouveaux et brûle 2,0 M€ de trésorerie ; une entreprise qui croît de 10 % à 30 % de marge ajoute 1,0 M€ et génère 3,0 M€. Les deux affichent 40. L'une est un pari de capital-risque qui manquera d'argent sans un tour supplémentaire, l'autre une affaire autofinancée qui ne compose plus, et la règle les classe à égalité. Quiconque se sert du score comme filtre affirme implicitement que ces deux profils sont aussi attractifs l'un que l'autre — ce qui dépend entièrement de savoir si tu achètes de la croissance ou du flux de trésorerie, question que la règle ne pose pas.

La marge que tu choisis change le verdict

Il n'existe pas de marge canonique dans la règle des 40. En pratique, les uns prennent la marge d'EBITDA, les autres la marge de flux de trésorerie disponible, la marge opérationnelle ou parfois la marge nette, et ils précisent rarement laquelle. Dans une même entreprise, ces mesures divergent énormément. Prends une société à 10 M€ de revenus, 25 % de croissance, 20 % de marge d'EBITDA et 5 % de marge de flux de trésorerie disponible — un écart tout à fait ordinaire dès qu'on tient compte des frais de développement capitalisés, des variations de besoin en fonds de roulement et des rémunérations en actions. Avec la définition EBITDA, elle affiche 45 et passe confortablement. Avec la définition en trésorerie, elle affiche 30 et échoue nettement. Même année, même entreprise, 15 points d'écart, et 1,5 M€ de différence entre les deux résultats.

La règle pratique est donc d'indiquer la définition chaque fois que tu indiques le score, et de ne jamais comparer les scores de deux entreprises sans savoir que les deux ont été calculés de la même façon. Le choix le plus prudent est la marge de flux de trésorerie disponible, car c'est la seule qu'une décision comptable ne peut pas améliorer : capitaliser le développement déplace la charge hors du résultat, pas hors du compte en banque. La marge d'EBITDA est la plus utilisée et la plus flatteuse, ce qui est précisément pourquoi elle est la plus utilisée. Si tu calcules ton score des deux façons et que les deux réponses encadrent 40, cet écart est plus instructif que chacun des deux nombres — il te dit exactement quelle part de ta rentabilité affichée relève de la présentation comptable plutôt que de la trésorerie.

À quoi la règle sert vraiment

Employée comme question de filtrage, la règle mérite sa place. Elle force les deux conversations qui comptent à tenir en une phrase, et elle attrape les deux modes d'échec qu'une courbe de croissance seule masque : une croissance achetée à un rythme de consommation de trésorerie insoutenable, et une rentabilité obtenue en cessant d'investir. Un conseil qui examine le score chaque trimestre et demande laquelle des deux entrées a bougé fait quelque chose d'utile. Un conseil qui traite 40 comme une cible à optimiser invite au détournement évident : coupe le marketing et les ventes au dernier trimestre et la marge monte immédiatement, tandis que le coût en croissance n'apparaîtra que dans le chiffre de l'année suivante.

Deux limites méritent d'être dis explicitement. La règle n'a quasiment aucun sens en dessous d'environ 1 M€ de revenus, car une croissance en pourcentage sur une base minuscule est trivialement grande — passer de 200 k€ à 400 k€ fait 100 % de croissance et ne dit presque rien de l'entreprise. Et la règle a été conçue pour le logiciel par abonnement, où les revenus sont récurrents et les marges brutes dépassent 70 % ; appliquée à une activité à 30 % de marge brute, le terme de marge est structurellement plafonné et 40 devient inatteignable quelle que soit la qualité. Si tu veux un seul chiffre à placer à côté, prends la rétention nette des revenus : elle mesure si le chiffre d'affaires déjà acquis croît de lui-même, précisément ce que la règle des 40 ne voit pas du tout.

Marge
Sept combinaisons croissance-marge, toutes appliquées à une entreprise réalisant 10 M€ de revenus
Taux de croissanceMargeScoreÀ quoi l'année a réellement ressemblé
60 %−20 %40 — validéAjoute 6,0 M€ de revenus et brûle 2,0 M€ de trésorerie — a besoin de financement pour continuer
40 %0 %40 — validéAjoute 4,0 M€ de revenus et atteint exactement l'équilibre — la forme classique d'une phase de croissance
30 %10 %40 — validéAjoute 3,0 M€ de revenus et génère 1,0 M€ — croissance et autofinancement à la fois
20 %20 %40 — validéAjoute 2,0 M€ de revenus et génère 2,0 M€ — le point d'équilibre de la règle
10 %30 %40 — validéAjoute 1,0 M€ de revenus et génère 3,0 M€ — une affaire rentable qui ne compose plus
0 %40 %40 — validéN'ajoute rien et génère 4,0 M€ — une machine à cash que la règle ne distingue pas d'une fusée
25 %5 %30 — échecAjoute 2,5 M€ de revenus et génère 0,5 M€ — honorable sur les deux plans, et pourtant 10 points en dessous

Exemple calculé avec notre outil

Calculateur de règle des 40

Données

Taux de croissance (%)
33
Marge bénéficiaire (%)
17

Résultat

Score règle des 40
50

Ces chiffres sont produits par le calculateur ci-dessous, pas saisis à la main — ils sont recalculés à chaque évolution de l'outil.

Refaire ce calcul avec tes chiffres

Questions fréquentes

Quelle marge faut-il utiliser dans la règle des 40 ?
Il n'y a pas de réponse officielle, et c'est bien le problème. La marge d'EBITDA est la plus courante et la plus flatteuse ; la marge de flux de trésorerie disponible est la plus prudente et la plus difficile à manipuler par des choix comptables. Choisis-en une, précise-la chaque fois que tu cites le score, et calcule-la de la même manière chaque trimestre. Si tu calcules les deux et que l'une passe pendant que l'autre échoue, c'est l'écart entre elles qu'il faut examiner.
La règle des 40 s'applique-t-elle à des activités qui ne sont pas du logiciel par abonnement ?
Mal. Le seuil de 40 a été calibré sur le logiciel par abonnement, où les revenus se renouvellent par défaut et où les marges brutes dépassent couramment 70 %. Un distributeur ou une agence à 30 % de marge brute ne peut pas atteindre 30 % de marge nette, donc le terme de marge est structurellement plafonné et seule une croissance extrême permet de franchir la barre. La structure de la règle — arbitrer croissance contre profit et comparer la somme à un repère — reste transposable ; le nombre 40, non. Fixe ton propre seuil à partir des marges que ton secteur atteint réellement.
Un score nettement supérieur à 40 est-il toujours meilleur ?
Pas automatiquement. Un score de 70 construit sur 65 % de croissance et 5 % de marge est un actif très différent d'un 70 construit sur 20 % de croissance et 50 % de marge, et la règle ne les distingue pas plus qu'elle ne distingue les deux façons d'atteindre 40. Un score très élevé porté entièrement par la marge signifie souvent que l'entreprise sous-investit et laissera le marché à un concurrent qui dépense. Lis les deux composantes, jamais la somme seule.

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