Le même appartement, trois pays : ce qu'un enfant paie vraiment pour hériter
Publié le 23/07/2026 · 12 min de lecture · Calculateurs finance
Camille Laurent — Rédactrice Finance chez OneKitly
Fiscalité · Finances personnelles
Vérifié à partir de 8 sources
Prends un appartement de 400 000 € transmis à un enfant unique majeur, et la note change complètement selon la frontière. En France l'enfant déduit un abattement de 100 000 € par parent et applique le barème en ligne directe au reste, soit sur 300 000 € taxables 58 194 € de droits (abattement et barème publiés par service-public.gouv.fr, vérifiés le 9 février 2026). En Italie l'enfant ne paie aucun droit de succession, car le taux de 4 % en ligne directe ne mord qu'au-delà d'une franchise de 1 000 000 € par bénéficiaire — restent dues les taxes hypothécaire et cadastrale sur le bien. En Espagne la réponse est fixée par la communauté autonome où vivait le défunt, pas par l'État : aux règles étatiques nues l'enfant devrait 76 898 €, à Madrid le même patrimoine bénéficie d'une réduction de 99 % et l'enfant paie 769 €, et en Catalogne le barème propre de la communauté et sa bonification dégressive donnent environ 19 000 €. Même appartement, même enfant, même année — près de 77 000 € d'écart. Qui t'annonce que « les droits de succession espagnols sont de X % » te donne un chiffre qui n'existe pas.
Un appartement de 400 000 €, un enfant unique, trois pays. La France prend des dizaines de milliers d'euros. L'Italie ne prend rien. L'Espagne prend de zéro à 76 000 € selon celle de ses dix-sept régions où vivait le parent — et ce n'est pas une exagération.
Un appartement, un enfant, quatre notes différentes
L'exemple ci-dessous est volontairement banal : un parent décède en laissant un appartement estimé à 400 000 €, sans dette et sans autre actif, à un enfant majeur unique héritier. Rien d'exotique là-dedans. C'est à peu près la forme de la succession européenne ordinaire, et c'est le cas où les trois systèmes nationaux divergent le plus visiblement, parce que chacun traite les premières centaines de milliers d'euros d'une manière complètement différente.
La France accorde à chaque enfant un abattement de 100 000 € sur la part de chaque parent, puis applique un barème progressif qui atteint 20 % presque immédiatement : la tranche à 20 % court de 15 933 € de valeur taxable jusqu'à 552 324 €, si bien qu'un appartement ordinaire s'y loge entièrement. L'Italie accorde à chaque bénéficiaire une franchise de 1 000 000 € et ne prélève 4 % que sur l'excédent, ce qui fait qu'un appartement seul ne génère presque jamais de droits de succession. L'Espagne fixe une réduction étatique modeste de 15 956,87 € et un barème qui grimpe à 34 %, puis laisse chaque communauté autonome réécrire le résultat — ce que la plupart ont précisément fait.
France : l'abattement est par parent, par enfant, et il se reconstitue
L'abattement français de 100 000 € n'est pas un abattement sur la succession. C'est un abattement par lien parent-enfant, si bien qu'un couple avec deux enfants transmet 400 000 € en franchise au total, et le même abattement est consommé par les donations faites dans les quinze ans précédant le décès. Ce compteur de quinze ans est le chiffre le plus lourd de conséquences de la transmission française, et c'est le sujet de l'article suivant de cette série.
Le barème lui-même est raide en bas puis plat sur une longue portion : 5 % jusqu'à 8 072 €, 10 % jusqu'à 12 109 €, 15 % jusqu'à 15 932 €, puis 20 % jusqu'à 552 324 €, 30 % jusqu'à 902 838 €, 40 % jusqu'à 1 805 677 € et 45 % au-delà. Ces seuils n'ont pas bougé depuis des années, ce qui alourdit discrètement la charge réelle chaque année où les prix immobiliers montent. Sur 300 000 € taxables l'arithmétique donne 58 194,35 €, soit un taux effectif de 14,5 % sur l'ensemble des 400 000 € — et l'enfant doit les trouver en liquide, parce qu'un appartement ne se paie pas en tranches.
Italie : presque personne ne paie de droits de succession, et c'est voulu
L'Italie prélève 4 % au conjoint et aux parents en ligne directe, mais seulement sur la valeur nette dépassant 1 000 000 € par bénéficiaire. Les frères et sœurs paient 6 % au-delà de 100 000 € chacun ; les autres parents jusqu'au quatrième degré paient 6 % sans seuil ; tous les autres paient 8 % sans seuil. Un bénéficiaire en situation de handicap grave reconnu au titre de la loi 104/1992 obtient une franchise de 1 500 000 €. Ces chiffres sont les taux publiés par l'Agenzia delle Entrate elle-même.
« Rien à payer » n'est pas tout à fait toute l'histoire, et la différence compte si tu budgètes. Lorsque la succession comprend des terrains ou des bâtiments, la taxe hypothécaire et la taxe cadastrale sont dues en même temps que la déclaration de succession, avec le droit de timbre et les frais des services hypothécaires et cadastraux. Et pour les successions ouvertes à partir du 1er janvier 2025 — la réforme du décret législatif 139/2024 — les droits de succession sont autoliquidés par le contribuable dans la déclaration au lieu d'être calculés par l'administration, le paiement étant dû dans les 90 jours suivant l'échéance de dépôt. C'est un vrai déplacement de la charge du risque d'erreur.
Espagne : c'est le code postal qui décide, et c'est celui du défunt
L'impôt espagnol sur les successions et donations est un impôt d'État dont le produit et, surtout, les réductions sont cédés aux communautés autonomes. La loi étatique pose un plancher : une réduction de 15 956,87 € pour un descendant de 21 ans ou plus, un barème de 7,65 % à 34 %, et un coefficient multiplicateur appliqué à la quote-part obtenue selon le patrimoine préexistant de l'héritier. Applique ce seul plancher à notre appartement de 400 000 € et l'enfant doit 76 897,81 €. Presque personne ne paie cela, parce que presque toutes les communautés ont légiféré par-dessus.
Madrid applique une bonification de 99 % sur la quote-part pour les groupes I et II — enfants, conjoints, ascendants — à l'article 25 de son texte fiscal consolidé ; une modification de 2025 a étendu une bonification de 50 % à tout le groupe III et ajouté une exonération totale des donations inférieures à 1 000 €, en vigueur depuis le 1er juillet 2025. L'Andalousie applique une bonification de 99 % aux groupes I et II depuis le 11 avril 2019, aujourd'hui portée par sa Ley 5/2021. La Catalogne fait quelque chose de structurellement différent : elle a son propre barème, de 7 % à 32 % au-delà de 800 000 €, sa propre réduction de parenté de 100 000 € pour un enfant, et une bonification calculée en moyenne pondérée qui décroît quand le patrimoine grossit. La version généreuse de ce tableau — 99 % sur les premiers 100 000 € de base, puis 97 %, 95 %, 90 % et ainsi de suite — a été réduite par la Llei 5/2020 et ne vise plus que le groupe I, les descendants de moins de 21 ans ; le conjoint ou partenaire stable conserve 99 % fixes. Un enfant majeur relève du groupe II, dont le tableau part de 60 % sur les premiers 100 000 € et descend par 55 %, 50 % et 45 %, jusqu'à zéro au-delà de 3 000 000 €. Pour les décès à partir du 1er mai 2020, sur une base de 400 000 € cette moyenne pondérée ressort à 52,50 %, et non aux 95,25 % de l'ancien tableau.
Une règle de rattachement décide lequel de ces régimes s'applique, et ce n'est pas celle que l'on suppose. Pour un décès, la communauté compétente est celle où le défunt avait sa résidence habituelle, ni celle où vit l'héritier, ni celle où se trouve l'appartement. Un enfant britannique ou irlandais héritant d'un appartement madrilène d'un parent retiré à Alicante relève des règles valenciennes, pas madrilènes. Depuis une réforme de 2014, adoptée après un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne, les héritiers non-résidents peuvent revendiquer les mêmes avantages régionaux que les résidents — c'était jusque-là le plus gros piège des familles transfrontalières.
Ce qui fait vraiment bouger le chiffre, une fois les taux connus
Le premier levier est de savoir si l'impôt frappe la succession ou la part de chaque héritier. La France, l'Espagne et l'Italie taxent la part, ce qui rend le partage entre trois enfants matériellement moins coûteux que la transmission à un seul — trois abattements français de 100 000 € au lieu d'un, trois franchises italiennes de 1 000 000 € au lieu d'une, trois montées d'un barème progressif depuis le bas au lieu d'une seule montée sur le tout. L'intuition anglo-saxonne, formée par des impôts assis sur la succession entière, se trompe ici de sens.
Le deuxième levier est l'évaluation, et c'est là que naissent la plupart des litiges. Chaque administration a sa propre règle sur ce que vaut un appartement au jour du décès, et aucune n'accepte simplement l'estimation de la famille. Le troisième est le délai, court partout et sans indulgence : en gros six mois à compter du décès en France et en Espagne, douze mois en Italie. Le manquer déclenche intérêts et pénalités sur une somme que les héritiers ne peuvent pas encore réunir, puisque l'actif qui génère l'impôt est précisément celui qu'on ne peut pas vendre vite.
| Où vivait le parent | Droits payés par l'enfant | Pourquoi |
|---|---|---|
| France | 58 194 € | Abattement de 100 000 €, puis le barème en ligne directe — la tranche à 20 % couvre tout de 15 933 à 552 324 € |
| Italie | Rien | Le taux de 4 % en ligne directe ne s'applique qu'au-delà d'une franchise de 1 000 000 € par bénéficiaire ; les taxes hypothécaire et cadastrale restent dues |
| Espagne — règles étatiques seules | 76 898 € | Réduction de 15 956,87 €, puis le barème étatique de 7,65 % à 34 %, coefficient 1,0000 |
| Espagne — Madrid | 769 € | Même quote-part qu'aux règles étatiques, puis une bonification de 99 % pour les groupes I et II |
| Espagne — Catalogne | Environ 19 000 € | Réduction de parenté propre de 100 000 €, barème propre de 7 % à 32 %, puis la bonification du groupe II en moyenne pondérée — 52,50 % à ce niveau de base selon le tableau en vigueur depuis le 1er mai 2020 |
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Questions fréquentes
- N'y a-t-il vraiment aucun droit de succession à Madrid ?
- Il y en a : l'impôt est calculé intégralement, puis 99 % en sont bonifiés pour les groupes I et II. Sur notre exemple à 400 000 €, l'enfant dépose quand même une déclaration et paie quand même 769 €. La distinction compte parce que la déclaration est obligatoire, qu'il y ait ou non de l'impôt, et parce que la bonification est une disposition régionale qu'un futur parlement régional peut modifier — comme celui de Madrid l'a fait en 2025 en portant la bonification du groupe III à 50 %.
- Quel pays m'impose si le parent, l'enfant et l'appartement sont dans trois pays différents ?
- Potentiellement plus d'un, et c'est pourquoi cette question demande un conseil plutôt qu'un article. Un immeuble est presque toujours imposable là où il se trouve, et la plupart de ces pays imposent aussi selon la résidence du défunt ou de l'héritier, si bien que la double imposition est un risque réel dont l'atténuation vient d'une convention bilatérale ou d'un crédit interne, pas automatiquement. Note que le règlement européen sur les successions, qui désigne la loi civile applicable, ne dit rien de l'impôt applicable — ce sont deux questions distinctes qui donnent couramment deux réponses différentes.
- Le conjoint survivant paie-t-il dans ces pays ?
- En France le conjoint survivant et le partenaire de PACS survivant sont totalement exonérés de droits de succession. En Italie le conjoint a la même franchise de 1 000 000 € et le même taux de 4 % qu'un enfant. En Espagne le conjoint est dans le groupe II avec l'enfant, la même bonification régionale s'applique donc — 99 % à Madrid et en Andalousie, 99 % fixe pour un conjoint ou partenaire stable en Catalogne. L'exonération est l'une des différences les plus nettes entre mariage et concubinage dans les trois systèmes.
- L'enfant peut-il payer les droits français en plusieurs fois ?
- Des dispositifs de paiement différé et fractionné existent en France et, sous une autre forme, en Italie et en Espagne, et c'est précisément ce qui rend le délai de six mois tenable. Ils ne sont pas automatiques : ils s'obtiennent sur demande, généralement contre garantie, et portent intérêt. Interroge le notaire ou le service des impôts dès le début de la procédure plutôt qu'à la fin, car la demande doit en général être faite au dépôt de la déclaration, pas après l'avis de mise en recouvrement.
- Ces chiffres changent-ils si l'enfant a moins de 21 ans ?
- En Espagne, oui et nettement : un descendant de moins de 21 ans relève du groupe I, dont la réduction étatique est de 15 956,87 € plus 3 990,72 € par année en dessous de 21 ans, plafonnée à 47 858,59 € — et la réduction propre du groupe I en Catalogne part de 100 000 € plus 12 000 € par année en dessous de 21 ans, plafonnée à 196 000 €. En France et en Italie l'âge ne change rien à l'abattement ; ce qui change est qui administre la part jusqu'à la majorité, question de droit civil et non de fiscalité.
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Ceci est une explication générale du fonctionnement d'une règle, non un conseil fiscal ou juridique. Chaque taux, abattement et plafond porte l'année à laquelle il s'appliquait lors de la vérification ; les règles de succession, de donation et d'immobilier sont modifiées par les lois de finances et, en Espagne, par dix-sept communautés autonomes séparément. Vérifie le texte cité ici, ou consulte un professionnel, avant d'agir sur un chiffre.
Sources
- service-public.gouv.fr (DILA) — Droits de succession : montant des abattements et barème (vérifié le 9 février 2026)
- Boletín Oficial del Estado — Ley 29/1987 del Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones, texto consolidado — arts. 20, 21 y 22
- Boletín Oficial del Estado — Ley 2/2025 de la Comunidad de Madrid, que modifica el art. 25 del Decreto Legislativo 1/2010 (bonificaciones ISD)
- Junta de Andalucía — Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones — bonificación del 99 % para los grupos I y II (Ley 5/2021)
- Agència Tributària de Catalunya — Impost sobre successions — reduccions per parentiu
- Agència Tributària de Catalunya — Impost sobre successions — tarifa i coeficients multiplicadors (coeficients aplicables des de l'1.05.2020)
- Agència Tributària de Catalunya — Impost sobre successions — bonificació de la quota: taula del grup I i taula del grup II (defuncions des de l'1.05.2020)
- Agenzia delle Entrate — Imposta di successione — aliquote e franchigie
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