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Prime d'ancienneté, treizième mois, indemnités de départ : ce que la loi garantit en France, Espagne et Italie

Publié le 22/07/2026 · 13 min de lecture · Outils business

Camille Laurent

Camille LaurentRédactrice Finance chez Allin

Fiscalité · Finances personnelles

Vérifié à partir de 4 sources

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En bref

Commençons par la correction, car c'est tout l'enjeu : la prime d'ancienneté et le treizième mois ne sont, dans la plus grande partie de l'Europe, pas légaux. En France, ni l'un ni l'autre ne figure au code du travail — ils viennent d'une convention collective, d'un usage d'entreprise ou de ton contrat, et un employeur qui n'a rien de tout cela ne doit ni l'un ni l'autre. En Espagne, l'article 25 du statut des travailleurs dispose qu'un salarié peut avoir droit à une promotion économique dans les termes fixés par convention collective ou contrat individuel : un droit à ce qui a été négocié, rien de plus ; mais l'article 31 fait bien de deux gratifications extraordinaires par an un droit légal, l'une à Noël et l'autre au mois fixé par la convention, celle-ci fixant le montant et pouvant les répartir sur les douze mois. En Italie, la tredicesima est universelle précisément parce que les conventions collectives nationales la prévoient, non parce qu'une loi le fait. Ce que la loi garantit, c'est de l'argent à la sortie, et les trois architectures sont radicalement différentes. La France verse une indemnité légale de licenciement après huit mois d'ancienneté — un quart de mois de salaire par année pour les dix premières et un tiers au-delà — soit, sur douze ans à un salaire de référence de 3 000 € par mois, 9 500 €. L'Espagne verse 20 jours par année de service en licenciement objectif, plafonnés à douze mensualités, et 33 jours plafonnés à vingt-quatre si le licenciement est jugé abusif. L'Italie ne verse aucune indemnité de départ en ce sens : chaque salarié accumule à la place, chaque année, une rémunération différée égale à la rémunération annuelle divisée par 13,5, revalorisée annuellement, et la perçoit en partant pour quelque motif que ce soit, démission comprise.

Deux de ces trois choses ne figurent généralement pas dans la loi, et celle qui y figure fonctionne de façon complètement différente dans chaque pays. Voici ce qu'un texte garantit réellement, ce qui relève au contraire d'une convention collective, et pourquoi un Italien qui démissionne repart avec plus qu'un salarié français licencié.

Les deux choses qu'on croit être des droits légaux, et qui ne le sont pas

Une prime d'ancienneté — un supplément qui croît avec les années de service — est presque partout le fruit d'une négociation, non d'une loi. Le code du travail français ne contient aucune prime de ce genre ; là où elle existe, c'est parce qu'un accord de branche, un accord d'entreprise, un engagement unilatéral ou ton contrat l'a créée, et les règles pour la réduire ou la supprimer sont celles de l'instrument concerné, pas celles du code. Le statut espagnol est explicite dans l'autre sens : le salarié peut avoir droit à une promotion économique dans les termes fixés par convention collective ou contrat individuel. Cette phrase renvoie à un document, elle ne promet pas d'argent. En Italie, les échelons d'ancienneté qu'affichent tant de bulletins relèvent des conventions collectives nationales, ce qui explique qu'ils diffèrent si fortement d'un secteur à l'autre.

Le treizième mois, c'est la même histoire, avec une exception réelle. La France n'a pas de treizième mois légal ; la tredicesima italienne est une institution conventionnelle si universelle que tout le monde la prend pour la loi, raison suffisante pour vérifier sa propre convention plutôt que de supposer. L'Espagne est l'exception qui confirme le point : l'article 31 du statut des travailleurs donne réellement à tout salarié deux gratifications extraordinaires par an, l'une à Noël et l'autre au mois fixé par la convention collective. Mais observe ce que fait — et ne fait pas — l'article. Il crée le droit et laisse le montant à la négociation, et il permet à une convention de répartir ces gratifications sur les douze mensualités : c'est pourquoi certains bulletins espagnols montrent quatorze paies par an et d'autres douze, discrètement plus grosses.

France : un plancher légal modeste, et tout le reste négocié

L'indemnité légale de licenciement française est due après huit mois d'ancienneté ininterrompue et se calcule à un quart de mois de salaire par année pour les dix premières et un tiers de mois par année au-delà, sur un salaire de référence retenu comme le plus favorable entre la moyenne des douze derniers mois et celle des trois derniers, primes annuelles proratisées. Douze ans à un salaire de référence de 3 000 € par mois donnent donc 9 500 € : 7 500 € pour les dix premières années et 2 000 € pour les deux dernières. Huit ans donnent 6 000 € ; vingt ans donnent 17 500 €.

C'est un plancher, souvent très éloigné du chiffre réel. Une convention de branche peut prévoir davantage, et le fait souvent ; la disposition la plus favorable s'applique alors. Une rupture conventionnelle a sa propre indemnité, qui ne peut être inférieure à l'indemnité légale. Et les sommes qu'un conseil de prud'hommes accorde pour un licenciement sans cause réelle et sérieuse relèvent d'un autre régime, avec son propre barème. La forme générale est un minimum légal modeste sous une architecture négociée bien plus large — raison précise pour laquelle ne lire que le code produit un chiffre qui surprend au moment du solde réel.

Espagne : le chiffre dépend du motif du licenciement

L'indemnité espagnole dépend de la qualification juridique du licenciement, et l'écart entre les catégories est important. Un licenciement pour cause objective donne 20 jours de salaire par année de service, proratisés au mois, plafonnés à douze mensualités, la somme devant être mise à disposition en même temps que la notification écrite. Un licenciement déclaré abusif donne 33 jours par année, proratisés au mois, plafonnés à vingt-quatre mensualités, l'employeur choisissant entre la réintégration et le paiement. La fin d'un contrat à durée déterminée, hors contrats de formation et contrats de remplacement, donne la part proportionnelle de douze jours par année de service.

Calculé sur les mêmes douze ans et un salaire mensuel de 3 000 € versé en quatorze mensualités — donc un brut annuel de 42 000 € et un salaire journalier de 115,07 € — cela fait 27 616,44 € pour un licenciement objectif et 45 567,12 € pour un licenciement abusif, aucun des deux n'atteignant son plafond. La fin d'un contrat à durée déterminée sur les mêmes bases donnerait 16 569,86 €. La leçon est qu'en Espagne, la négociation après un licenciement porte rarement sur le multiplicateur, fixé par la loi ; elle porte sur l'article dont tu relèves, ce qui est une question sur les motifs que l'employeur a écrits.

Italie : pas une indemnité de départ, mais un salaire différé

L'institution italienne que tout le monde traduit par indemnité de départ n'en est pas une. Selon l'article 2120 du code civil, l'employeur met de côté pour chaque salarié, chaque année de service, un montant égal à la rémunération de l'année divisée par 13,5, et le fonds accumulé hors quote-part de l'année courante est revalorisé chaque 31 décembre de 1,5 % plus 75 % de la hausse de l'indice des prix à la consommation pour les ménages d'ouvriers et d'employés mesuré par l'institut statistique. Sur un salaire de 3 000 € par mois versé en treize mensualités — 39 000 € par an — l'accumulation annuelle est de 2 888,89 €, environ 7,41 % de la rémunération, et douze ans produisent 34 666,67 € avant toute revalorisation. Le salarié la perçoit en partant. En partant pour n'importe quel motif : licenciement, démission, retraite, fin de contrat à durée déterminée.

Cette conception change le sens du mot indemnité. En France et en Espagne, le versement compense la perte d'un emploi : il dépend donc de la manière dont on est parti ; en Italie, le versement est de l'argent déjà gagné et non perçu, si bien que le motif du départ est indifférent. Ce que l'Italie ajoute par-dessus, pour un licenciement jugé illégitime, est une indemnité distincte, et c'est le seul chiffre de cet article qui ne peut être énoncé comme une formule fixe : le calcul rigide inscrit à l'origine dans le décret de 2015 sur les protections croissantes a été censuré par la Cour constitutionnelle en 2018, et le montant est désormais fixé par le juge dans une fourchette légale que des décisions ultérieures ont continué de réexaminer. Vérifie les bornes en vigueur avant de te fier à un chiffre trouvé cité.

Où chercher, dans le bon ordre

Commence par la convention collective, pas par la loi, car dans deux de ces trois pays la loi donne le chiffre le plus faible et, dans les trois, c'est celui qu'on n'améliorera pas en demandant. Trouve le nom de la convention sur ton bulletin — il y figure normalement — puis cherche-y trois choses : une éventuelle grille d'ancienneté et son mode d'acquisition, l'existence de gratifications et leur éventuelle répartition sur l'année, et l'existence d'une indemnité de licenciement supérieure à l'indemnité légale. Ensuite seulement, lis la loi, pour savoir laquelle des deux t'est due.

Deux habitudes à prendre, quel que soit ton pays. D'abord, conserve une copie du bulletin qui montre le changement chaque fois qu'un échelon d'ancienneté ou une gratification apparaît ou bouge : en cas de litige, la question est ce qui t'a été effectivement versé et quand, pas ce que dit la convention dans l'abstrait. Ensuite, quand une offre annonce un montant annuel, demande en combien de mensualités il est versé et si les gratifications y sont incluses. Quatorze versements d'un montant et douze d'un montant plus élevé peuvent faire le même brut annuel sans faire la même trésorerie mensuelle, et en Italie le nombre de mensualités change aussi l'accumulation de salaire différé, puisque celle-ci est une fraction de la rémunération de l'année entière.

Douze ans d'ancienneté à un salaire mensuel de 3 000 € : ce que la loi garantit dans chaque pays selon les règles en vigueur en 2026, calculé à partir des articles cités
DroitFranceEspagneItalie
Prime d'anciennetéAbsente du code du travail — convention, usage d'entreprise ou contrat seulementLa loi renvoie à la convention collective ou au contrat individuel pour les modalitésUne caractéristique des conventions collectives nationales, variable selon le secteur
Treizième ou quatorzième moisAucun droit légalDeux gratifications extraordinaires par an sont un droit légal ; le montant et le second mois sont fixés par la convention, qui peut les proratiserUniverselle par les conventions collectives, non par la loi
Argent au départ, et quandIndemnité légale de licenciement après huit mois d'ancienneté, en cas de licenciement seulementIndemnité légale en cas de licenciement, et un montant proportionnel à la fin de la plupart des CDDSalaire différé accumulé chaque année et versé à toute rupture, démission comprise
La formuleUn quart de mois par année pour les dix premières, un tiers au-delà20 jours par année en licenciement objectif, plafonnés à douze mensualités ; 33 jours plafonnés à vingt-quatre si abusifLa rémunération annuelle divisée par 13,5 chaque année, puis revalorisée de 1,5 % plus 75 % de l'indice des prix
Le chiffre calculé à douze ans9 500 €27 616,44 € en licenciement objectif, 45 567,12 € si abusif, sur quatorze mensualités34 666,67 € avant revalorisation, sur treize mensualités, quel que soit le motif du départ

Exemple calculé avec notre outil

Calculateur salaire brut/net

Données

Pays
Allemagne
Salaire brut annuel
90 000,00 €
Statut (France)
Cadre

Résultat

Cotisations sociales
16 898,63 €
Impôt sur le revenu
17 208,94 €
Net annuel
55 892,44 €
Net mensuel
4 657,70 €

Ces chiffres sont produits par le calculateur ci-dessous, pas saisis à la main — ils sont recalculés à chaque évolution de l'outil.

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Questions fréquentes

Mon bulletin français affiche une prime d'ancienneté. Peut-elle être supprimée ?
Cela dépend entièrement de son origine, raison pour laquelle identifier la source compte davantage que le montant. Une prime créée par ton contrat individuel ne peut être supprimée sans ton accord : c'est une clause contractuelle. Une prime créée par un accord de branche ou d'entreprise évolue quand cet accord évolue, selon la procédure prévue par l'accord et la loi. Une prime issue d'un usage unilatéral de l'employeur peut être dénoncée par lui, mais seulement en suivant les étapes de la dénonciation d'un usage : information des représentants du personnel, information individuelle de chaque salarié, et délai de prévenance suffisant. Sache laquelle des trois tu as avant de la croire acquise.
Le salaire différé italien vaut-il mieux qu'une indemnité française ou espagnole ?
C'est différent plutôt que meilleur, et la différence joue dans les deux sens. Son grand avantage est la certitude : il s'accumule chaque année quelle que soit la façon dont l'emploi se termine, si bien que démissionner ne le fait pas perdre et qu'une courte ancienneté produit tout de même un montant proportionnel. Son inconvénient est qu'il s'agit de ton propre argent différé et non d'une compensation pour une perte : un salarié licencié abusivement n'en reçoit pas plus qu'un collègue parti de son plein gré. En France et en Espagne, le versement est une compensation : sa taille dépend donc des conditions du départ — bien plus élevée quand le licenciement est jugé illicite, et nulle si tu démissionnes.
Ces versements sont-ils soumis à cotisations et à l'impôt ?
Les gratifications mensuelles supplémentaires, oui, partout : ce sont des salaires ordinaires traités comme tels, raison pour laquelle en Espagne l'assiette de cotisation est la même que les gratifications soient versées deux fois par an ou réparties sur douze mois. Les indemnités de rupture sont le cas compliqué : elles bénéficient en général d'un traitement différent et plus favorable, mais les règles sont détaillées, elles distinguent la part légale de ce qui la dépasse, et elles changent au gré des lois de finances plus souvent que le droit du travail sous-jacent. Avant d'accepter un montant dans un protocole, demande précisément ce qui en sera retenu, car le brut et le net peuvent être très éloignés.
Puis-je demander mon salaire différé italien avant de partir ?
L'article 2120 du code civil prévoit une avance, à des conditions qu'il fixe lui-même, liées à l'ancienneté, à des finalités déterminées et à des limites sur le nombre de salariés pouvant en bénéficier la même année. Les conditions sont précises et une convention collective peut les améliorer : c'est donc un cas où la bonne question se pose par écrit au service paie plutôt qu'elle ne se résout par un article général. Note aussi que l'accumulation peut être versée à un fonds de retraite complémentaire au lieu de rester chez l'employeur, ce qui change à la fois son rendement et sa fiscalité — une décision à prendre délibérément et non par défaut.
Pourquoi le chiffre espagnol dépasse-t-il tant le chiffre français ?
Parce que les planchers légaux ont été conçus pour des rôles différents. L'indemnité légale française est délibérément un minimum, censé être amélioré par les conventions de branche, et les transactions qui suivent les licenciements réels sont souvent bien supérieures. L'Espagne met davantage du total dans la loi elle-même et moins dans la négociation, et tarife directement la qualification retenue par l'employeur : 20 jours si le motif tient, 33 s'il ne tient pas. Comparer les deux seuls chiffres légaux exagère donc l'écart ; comparer ce que les gens perçoivent réellement suppose de connaître la convention collective côté français et l'issue du contentieux côté espagnol.

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Ceci est une explication générale du fonctionnement d'une règle, et non un conseil fiscal, juridique ou social. Chaque taux, plafond et seuil est donné avec l'année à laquelle il s'applique et le texte qui le fixe, parce que ces chiffres sont révisés — certains chaque année, d'autres en cours d'année. Une convention collective, une règle régionale ou ta situation peuvent changer complètement la réponse : vérifie tout chiffre auprès de la source citée avant d'agir.

Sources

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