Salarié ou indépendant : le TJM qui remplace vraiment ton salaire
Publié le 15/07/2026 · 13 min de lecture · Outils business
Camille Laurent — Rédactrice Finance chez Allin
Fiscalité · Finances personnelles
Vérifié à partir de 7 sources
Prends un salaire français de 6 000 € brut par mois en 2026, soit 72 000 € par an. Le TJM qui le remplace est d'environ 653 €, pas les 286 € obtenus en divisant le brut annuel par les 252 jours ouvrés de 2026. L'écart a deux moitiés. Le numérateur est faux : le prix de marché de ce poste n'est pas le salaire brut mais ce que dépense l'employeur, soit 8 489 € par mois selon les règles françaises 2026, ou 101 868 € par an. Le dénominateur est faux aussi : sur ces 252 jours ouvrés, 25 partent en congés payés légaux et, selon les hypothèses posées plus bas, environ 71 autres partent en maladie, administratif, prospection, formation et trous entre missions — il reste environ 156 jours réellement facturables. Divise le bon numérateur par le bon dénominateur et tu obtiens 653 €. Le même salaire donne un tarif plus bas ailleurs, parce que le côté employeur y coûte moins cher : environ 558 € par jour en Allemagne et environ 582 € en Espagne, avec la même arithmétique 2026. La variable qui déplace le plus la réponse est le nombre de jours facturables : à 200 jours le chiffre français tombe à 509 €, à 120 il monte à 849 €. Et un seuil compte avant même de commencer : 101 868 € de chiffre d'affaires dépasse largement le plafond micro-entrepreneur français 2026 pour les prestations de services, 83 600 €, si bien que ce poste précis ne peut pas être remplacé depuis le régime micro.
Tout le monde fait ce calcul dans le sens direct, du tarif vers le revenu. À l'envers, du salaire vers le tarif, il donne un nombre bien plus grand — sur les chiffres français 2026, 2,29 fois la réponse obtenue par simple division. Voici l'arithmétique, chaque soustraction nommée, en France, en Allemagne et en Espagne.
La conclusion d'abord, et les deux erreurs qu'elle corrige
Un salaire français de 6 000 € brut par mois en 2026 se remplace par un TJM d'environ 653 €. C'est la réponse, et le reste de cet article en est l'arithmétique. Il vaut la peine de dire ce qu'elle n'est pas : ce n'est pas un prix de marché, ce n'est pas un conseil de quitter ton poste, et ce n'est pas un objectif. C'est un plancher — le tarif en dessous duquel le changement perd de l'argent sur les seuls chiffres, avant tout jugement sur le risque ou la liberté.
Le chiffre auquel on arrive d'habitude est 286 €, obtenu en divisant 72 000 € par les 252 jours ouvrés de 2026. Les deux moitiés de cette division sont fausses, et à peu près dans la même proportion, ce qui explique que l'erreur combinée soit un facteur 2,29 et non une approximation qu'on pourrait négliger. Le numérateur est trop petit parce qu'un salaire n'est pas ce que coûte un poste. Le dénominateur est trop grand parce qu'un jour ouvré n'est pas un jour facturable. Corrige l'un et tu restes très loin du compte ; corrige les deux et la réponse cesse de bouger.
Le numérateur : ce que coûte le poste, pas ce que tu touches
Un employeur n'achète pas ton salaire brut, il achète ton année, et le prix qu'il paie est le brut plus les cotisations obligatoires. Selon les règles françaises 2026, un brut de 6 000 € par mois porte environ 2 489 € de cotisations patronales — 41,5 % — soit 8 489 € par mois et 101 868 € par an. C'est ce chiffre qu'il faut remplacer, parce que c'est ce que le marché acceptait de dépenser pour ce travail. Ne remplacer que les 72 000 €, c'est demander à un client de payer moins que ton employeur pour la même production : position d'ouverture curieuse pour une négociation.
Deux remarques gardent ce chiffre honnête. Il exclut le taux accidents du travail, notifié par établissement en France par la caisse régionale et par branche en Allemagne : aucun tableau national ne peut le fournir, et ajouter le taux de ton secteur fait monter le chiffre français, pas descendre. Et il se situe au-dessus de trois Smic, ce qui compte en France en 2026 : sous ce plafond, la réduction dégressive unique annule une grande part des cotisations patronales, si bien que le même calcul sur un salaire proche du Smic donne un coût employeur bien plus faible et donc un TJM bien plus bas. Cette arithmétique vaut pour les salaires que la réduction n'atteint plus.
Le dénominateur : compter les jours que tu peux réellement facturer
Pars du calendrier, parce que cette partie-là n'est pas une opinion. 2026 compte 365 jours, dont 261 tombent en semaine. Sur les onze jours fériés légaux français, neuf tombent un jour de semaine en 2026 — l'Assomption tombe un samedi et la Toussaint un dimanche — ce qui laisse 252 jours ouvrés. Les congés payés légaux du code du travail s'acquièrent à raison de deux jours et demi ouvrables par mois, soit cinq semaines, soit 25 de ces jours. On est à 227, et tout ce qui précède est fixé par le calendrier et par la loi, pas choisi.
Le reste relève de l'hypothèse, et elle est posée ici pour qu'on puisse la contester précisément plutôt que vaguement : six jours perdus en maladie, quinze en comptabilité, facturation et déclarations, vingt en prospection et rédaction de propositions, cinq à maintenir une compétence à jour, et vingt-cinq — cinq semaines — de trous entre missions. Cela fait 71 jours, et il en reste 156 que tu peux porter sur une facture. Chacune de ces cinq lignes est un nombre à remplacer par le vôtre ; l'important n'est pas que 156 soit juste pour toi, c'est qu'un nombre très inférieur à 252 est juste pour tout le monde, et la division naïve suppose silencieusement le contraire.
Le même salaire, trois pays, trois tarifs différents
Fais passer les mêmes 6 000 € par mois dans les règles employeur 2026 allemandes et espagnoles et le numérateur change fortement. L'Allemagne partage presque chaque ligne moitié-moitié et plafonne retraite et chômage à 8 450 € par mois, ce qui ramène les cotisations patronales à environ 1 258 € — 21,0 % — soit 87 096 € par an. L'Espagne plafonne tout à une base mensuelle de 5 101,20 €, ce qui porte les cotisations patronales à environ 1 572 € — 26,2 % — soit 90 864 € par an. Divise par les mêmes 156 jours facturables et tu obtiens environ 558 € par jour en Allemagne et 582 € en Espagne, contre 653 € en France.
Cet ordre surprend, parce qu'il inverse le récit habituel sur les pays chers. La France est l'endroit le plus coûteux où être salarié dans cette comparaison, et c'est précisément pour cela que c'est le salaire le plus cher à remplacer : plus la facture patronale obligatoire est élevée, plus l'indépendant doit facturer cher pour s'y substituer. Un pays à fortes cotisations n'est pas un pays hostile à l'indépendance — c'est un pays où l'alternative salariée coûtait cher, et ton tarif en hérite.
Ce que le salaire incluait discrètement et que le tarif doit racheter
Les 653 € couvrent la facture patronale obligatoire. Ils ne couvrent pas encore plusieurs choses qui venaient avec le poste sans figurer sur le bulletin comme un prix. Le préavis et l'indemnité de licenciement sont les plus lourds : un contrat de travail a un coût de rupture, un contrat client généralement non. Le maintien de salaire en maladie au-delà du minimum légal, la prévoyance, une complémentaire santé que l'employeur doit financer au moins pour moitié en France selon le code du travail et le code de la sécurité sociale, un budget de formation, le matériel, les licences logicielles, un bureau et la responsabilité civile professionnelle étaient tous la ligne budgétaire de quelqu'un d'autre et sont désormais la vôtre.
Aucune de ces lignes n'est chiffrée ici, et c'est volontaire : chacune est fixée par une convention collective, un contrat d'assurance ou un marché plutôt que par une règle nationale, si bien qu'un chiffre serait inventé. Ce qu'on peut affirmer, c'est le sens. Chacune pousse le tarif requis vers le haut, aucune ne le pousse vers le bas, et c'est ensemble qu'elles expliquent pourquoi les indépendants expérimentés traitent un tarif obtenu ainsi comme le début du calcul et non sa fin.
Ce qui changerait la conclusion
Les jours facturables dominent tout le reste. En gardant le numérateur français fixe à 101 868 €, le tarif est de 463 € à 220 jours facturables, 509 € à 200, 566 € à 180, 637 € à 160, 728 € à 140 et 849 € à 120. Un seul contrat-cadre long qui supprime les trous entre missions vaut plus pour le tarif d'un indépendant que n'importe quelle négociation, et c'est pourquoi les TJM des marchés d'assistance technique sont inférieurs à ceux des marchés au projet pour un travail identique : le risque de semaines vides est intégré au second et pas au premier.
Deux faits structurels peuvent aussi renverser la réponse. Le premier est le régime : 101 868 € de chiffre d'affaires dépassent le plafond micro français 2026 pour les prestations de services, 83 600 €, et de loin la limite majorée de franchise de TVA, 41 250 € ; ce poste ne peut donc pas être remplacé depuis le régime micro, et toute l'arithmétique en pourcentage forfaitaire qui s'y applique est ici hors sujet. Le second est que cet article s'arrête volontairement au chiffre d'affaires. Ce qui arrive sur ton compte dépend de ton régime, de tes frais et de ton foyer, et comparer net à net sans dire de quel foyer on parle produit un chiffre précis et vide de sens.
| Étape | France | Allemagne | Espagne |
|---|---|---|---|
| Salaire brut annuel | 72 000 € | 72 000 € | 72 000 € |
| Cotisations patronales, 2026 | 29 868 € — 41,5 % du brut | 15 096 € — 21,0 % du brut | 18 864 € — 26,2 % du brut |
| Coût annuel du poste pour l'employeur | 101 868 € | 87 096 € | 90 864 € |
| Jours ouvrés 2026 moins congés légaux | 252 − 25 = 227 | 252 − 25 = 227 (calendrier français, retenu pour les trois pour que la comparaison isole les cotisations) | 252 − 25 = 227 (même hypothèse de calendrier) |
| Moins maladie, administratif, prospection, formation, trous (hypothèse : 6 + 15 + 20 + 5 + 25) | 156 jours facturables | 156 jours facturables | 156 jours facturables |
| TJM qui remplace le salaire | 653 € par jour | 558 € par jour | 582 € par jour |
| La réponse naïve, pour comparaison (brut ÷ 252 jours ouvrés) | 286 € par jour — 2,29 fois trop bas | 286 € par jour — 1,95 fois trop bas | 286 € par jour — 2,04 fois trop bas |
Exemple calculé avec notre outil
Calculateur de TJM freelance
Données
- Revenu net visé / an
- 20 000,00 €
- Jours facturables / an
- 90
- Charges & impôts (%)
- 23
Résultat
- TJM à facturer
- 288,60 €
Ces chiffres sont produits par le calculateur ci-dessous, pas saisis à la main — ils sont recalculés à chaque évolution de l'outil.
Refaire ce calcul avec tes chiffres →Sur ce site
- Le salaire net par paysLa moitié salariée de cette comparaison : ce que touche réellement un salarié à ce brut une fois cotisations et impôt retirés, pays par pays.
- L'impôt sur le revenu par paysCet article s'arrête volontairement au chiffre d'affaires. Les barèmes, abattements et règles de foyer qui décident de ce qu'il en reste.
Questions fréquentes
- Pourquoi ne pas simplement diviser le salaire brut par le nombre de jours ouvrés ?
- Parce que les deux nombres sont les mauvais. Le salaire brut sous-estime ce que valait le poste pour l'employeur de la totalité des cotisations patronales obligatoires — 41,5 % selon les règles françaises 2026 à ce niveau de salaire. Et le nombre de jours ouvrés surestime ce que tu peux facturer, puisque congés légaux, maladie, comptabilité, prospection, formation et trous entre missions s'y prélèvent. Sur les chiffres présentés, les deux erreurs se composent en un facteur 2,29. N'en corriger qu'une laisse encore très loin : le coût employeur sur 252 jours donne 404 €, le brut sur 156 jours donne 462 €, et aucun des deux n'est la réponse.
- La réponse change-t-elle si je facture via une société plutôt qu'en nom propre ?
- Pas le tarif. Les 653 € sont le chiffre d'affaires que le travail doit produire, et c'est le même quel que soit le véhicule de facturation. Ce qui change en aval, c'est la part de ce chiffre d'affaires qui survit aux cotisations et à l'impôt — autre question, que cet article laisse volontairement de côté parce qu'elle dépend de ton régime et de ton foyer. Le seul endroit où la forme juridique déplace le tarif, c'est quand elle ajoute un coût fixe annuel — honoraires comptables, commissariat aux comptes, cotisation minimale due même sans facturation — parce qu'un coût fixe réparti sur 156 jours atterrit directement sur le tarif.
- Pourquoi le tarif allemand est-il inférieur au français pour le même salaire ?
- Parce que l'employeur allemand dépensait moins pour verser le même brut. L'assurance sociale allemande est partagée à peu près moitié-moitié entre employeur et salarié, et les plafonds 2026 arrêtent retraite et chômage à 8 450 € de salaire mensuel et maladie et dépendance à 5 812,50 €, si bien que la part patronale sur un brut de 6 000 € revient à environ 21,0 %. L'employeur français au même brut paie 41,5 %, parce que la plupart des lignes patronales françaises courent sur la totalité du salaire et que ce salaire dépasse le niveau où la réduction dégressive s'applique encore. Le tarif indépendant hérite simplement de la facture patronale : un côté employeur moins cher donne un tarif de remplacement plus bas — cela ne dit rien de savoir quel pays paie mieux ses indépendants.
- Et si je peux réellement facturer 200 jours par an ?
- Alors le chiffre français tombe de 653 € à 509 € par jour, et c'est le plus grand levier de tout le calcul. Mais attention à ce que 200 signifie. C'est 227 moins 27 : il reste 27 jours pour la maladie, toute la comptabilité, toute la prospection, toute la formation et tous les trous entre missions réunis. C'est atteignable sur un contrat-cadre long chez un client unique, et presque jamais sur un portefeuille de projets courts. La façon honnête d'utiliser la sensibilité est inverse : prends le tarif que le marché paiera vraiment, lis le nombre de jours facturables qu'il suppose, et demande-toi si ce nombre est un plan ou un vœu.
- Un tarif obtenu ainsi correspond-il à ce que le marché paiera ?
- Non, et le prendre pour un prix est l'erreur que ce calcul invite à commettre. C'est un tarif de réserve : le niveau en dessous duquel le changement détruit de la valeur sur les chiffres, calculé à partir de ton propre salaire et non d'un baromètre. Le tarif de marché dépend de la demande pour la compétence et peut se situer bien au-dessus ou bien en dessous. Quand les deux divergent, la lecture utile est que l'écart dit quelque chose de réel : un tarif de marché durablement inférieur à ton tarif de réserve signifie que la version salariée de ce travail est subventionnée par la relation d'emploi, et un tarif de marché très supérieur signifie que tu étais sous-payé comme salarié.
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Ceci est une explication générale du fonctionnement d'un calcul, et non un conseil fiscal, juridique, comptable ou de gestion. Chaque taux, plafond et seuil est donné avec l'année à laquelle il s'applique et le texte qui le fixe, parce que ces chiffres sont révisés — certains chaque année, d'autres en cours d'année. Ta forme juridique, ton secteur, ta convention collective et tes propres chiffres peuvent changer complètement la réponse : vérifie tout élément auprès de la source citée et d'un conseil qualifié avant d'agir.
Sources
- Urssaf — Taux de cotisations — Secteur privé (page updated 1 January 2026): the employer rates used to build the 41.5 % figure at a gross of 6 000 € a month
- Urssaf — La réduction générale dégressive unique (page updated 13 July 2026): why the 41.5 % figure applies only above three times the minimum wage
- Bundesministerium der Justiz — gesetze-im-internet.de — Sozialversicherungsrechengrößen-Verordnung 2026: the 8 450 € and 5 812,50 € monthly contribution ceilings behind the German 21.0 %
- Agencia Estatal Boletín Oficial del Estado — Orden PJC/297/2026, de 30 de marzo — the 5 101,20 € maximum monthly contribution base and 2026 employer rates behind the Spanish 26.2 %
- Urssaf (autoentrepreneur.urssaf.fr) — 2026: modification des seuils de chiffre d'affaires ou de recettes — the 83 600 € micro ceiling for services, page updated 20 February 2026
- BOFiP — Direction générale des finances publiques — BOI-TVA-DECLA-40-10-10: the franchise en base limits, including the increased 41 250 € limit for services
- Légifrance — Code du travail, articles L. 3133-1 (the eleven statutory public holidays) and L. 3141-3 (two and a half working days of paid leave per month worked)
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