Du TJM à l'argent sur le compte : toute la chaîne en France, Allemagne et Italie
Publié le 20/07/2026 · 16 min de lecture · Outils business
Camille Laurent — Rédactrice Finance chez OneKitly
Fiscalité · Finances personnelles
Vérifié à partir de 7 sources
Six choses se produisent entre un TJM et un solde bancaire, dans cet ordre : tu perds les jours non facturables, tu collectes une TVA qui n'a jamais été à toi, tu convertis le chiffre d'affaires en bénéfice imposable, tu paies des cotisations sociales, tu paies l'impôt sur le revenu, puis un impôt local. Calculé avec les règles françaises 2026, un TJM de 500 € facturé 150 jours donne 75 000 € de chiffre d'affaires ; un micro-entrepreneur en bénéfices non commerciaux paie 25,6 % de cotisations plus 0,2 % de contribution à la formation — 19 350 € — laissant 55 650 € avant impôt, lequel porte sur 66 % du chiffre d'affaires puisque l'abattement forfaitaire de l'article 102 ter du code général des impôts est de 34 %. En Allemagne, un indépendant en profession libérale ne paie aucune taxe professionnelle ; un indépendant hors de cette catégorie la paie sur le bénéfice au-delà d'un abattement de 24 500 €, à un multiplicateur que chaque commune fixe elle-même — un chiffre réellement local, avec un plancher légal de 200 % en 2026, porté à 280 % à partir de 2027 — dont quatre fois la base d'imposition revient en crédit d'impôt sur le revenu. En Italie, le régime forfaitaire taxe un pourcentage fixe de tes honoraires à 15 %, ou 5 % les cinq premières années d'une activité réellement nouvelle, et cesse de s'appliquer dès que les honoraires dépassent 100 000 €. Trois chiffres ne peuvent être donnés ici sans être inventés : le multiplicateur communal allemand, le coefficient de rentabilité italien propre à ton code d'activité, et le taux de cotisation italien, que l'institut national refixe chaque année. Cherche-les plutôt que de les supposer.
Un TJM est un prix, pas un revenu. Entre la facture et le solde du compte s'intercalent six soustractions distinctes, et dans trois pays européens elles sont ordonnées, plafonnées et payées différemment. Voici toute la chaîne avec les chiffres 2026 vérifiables, et une note honnête sur ceux qui ne le sont pas.
Le chiffre qui ruine la plupart des calculs de TJM
Multiplie un TJM par 220 et tu obtiens un chiffre que personne n'a jamais gagné. Le compte réaliste est celui que tu peux te justifier : retire les congés que tu comptes prendre, les jours fériés tombant en semaine, les jours perdus à facturer, relancer, tenir la comptabilité et négocier des contrats, et les semaines entre la fin d'une mission et le début de la suivante. Pour la plupart des consultants indépendants, cela tombe entre 140 et 180 jours facturables, et l'écart entre supposer 220 et facturer 150 fait un tiers du revenu annuel — plus que tout effet fiscal discuté ci-dessous.
Une deuxième soustraction, plus discrète, se cache au même endroit. Un TJM est convenu pour une journée de travail, mais le travail fait à tes frais — la proposition perdue, l'apprentissage de l'outil que le prochain client exigera, la demi-journée de passation non facturée à la fin — est du temps réel qu'aucune facture ne couvre. Les salariés ont cela aussi ; la différence est que leur employeur l'absorbe. Le vôtre n'existe pas. Si tu veux comparer ton TJM à un salaire, la comparaison honnête est le coût total employeur d'un salarié équivalent face à ton chiffre d'affaires, pas face à ce qui te reste.
France : la chaîne la plus simple, et celle qui pénalise les vrais frais
Le régime micro français est réellement simple : tu déclares un chiffre d'affaires, un pourcentage unique s'en retire, et aucune régularisation n'intervient jamais. Depuis le 1er janvier 2026, le taux des prestations non commerciales est de 25,6 %, contre 24,6 % auparavant, aux côtés de 12,3 % pour la vente, 21,2 % pour les prestations commerciales et artisanales et 23,2 % pour les professions réglementées relevant de la caisse libérale distincte. Une contribution à la formation de 0,2 % s'applique aux professions libérales, 0,3 % aux artisans et 0,1 % aux commerçants. Sur 75 000 € de chiffre d'affaires, cela fait 19 350 €, dus que l'année ait été bénéficiaire ou non.
Le piège est l'abattement forfaitaire. L'impôt sur le revenu porte sur 66 % des recettes en BNC, parce que l'article 102 ter du code général des impôts répute les frais égaux à 34 %, avec un plancher de 305 €. Si tes coûts réels sont inférieurs à 34 % — un consultant avec un portable et un billet de train — le régime est généreux. S'ils sont supérieurs — quiconque loue un atelier, achète des matières ou paie des sous-traitants — tu es imposé sur de l'argent que tu n'as jamais gardé, et le régime réel devient moins cher malgré la paperasse. Les seuils ont bougé en 2026 et les anciens chiffres, largement répétés, sont désormais faux : le plafond micro est de 203 100 € pour la vente et 83 600 € pour les services, et la franchise de TVA est un seuil distinct, bien plus bas, de 37 500 € pour les prestations, avec une tolérance en cours d'année à 41 250 €.
Allemagne : la question n'est pas combien, mais dans quelle catégorie tu es
L'indépendance allemande se scinde en deux, et la scission décide d'un impôt entier. Un Freiberufler — la liste légale couvre médecins, avocats, ingénieurs, architectes, journalistes, traducteurs, enseignants et quelques métiers voisins — ne paie aucune taxe professionnelle, n'a pas d'immatriculation commerciale à faire et peut tenir une comptabilité de caisse. Tous les autres sont Gewerbetreibende et paient la taxe professionnelle sur le bénéfice au-delà d'un abattement de 24 500 € pour les personnes physiques, à 3,5 % de la base d'imposition multipliés par le taux fixé par la commune. Le paragraphe 16 de la loi sur la taxe professionnelle fixe un plancher de 200 % pour 2026 — porté à 280 % à compter de la période d'imposition 2027 par la neuvième loi de modification du droit du conseil fiscal et du droit fiscal, adoptée en avril 2026 — mais aucun plafond, et les grandes villes vont bien au-delà des deux : le même bénéfice peut donc donner un impôt sensiblement différent d'un côté à l'autre d'une limite communale.
La piqûre est en partie atténuée par un crédit : l'impôt sur le revenu est réduit de quatre fois la base d'imposition de la taxe professionnelle, si bien que jusqu'à un taux communal de 400 % la taxe est à peu près neutralisée et que seul l'excédent coûte réellement. Côté TVA, la règle des petites entreprises a été réécrite pour 2025 et se lit désormais comme une véritable exonération plutôt qu'un impôt simplement non perçu : le chiffre d'affaires est exonéré si l'année civile précédente est restée à 25 000 € ou moins et que l'année en cours ne dépasse pas 100 000. Franchis les 100 000 en cours d'année et l'exonération cesse à cet instant, pas à la fin de l'année. L'abattement de base de l'impôt sur le revenu est de 12 348 € pour 2026, et l'impôt d'Église, si tu es membre, ajoute 8 ou 9 % de l'impôt sur le revenu selon le Land.
Italie : un taux fixe qui cache une recherche
Le régime forfaitaire italien est le plus séduisant sur le papier et le plus difficile à citer exactement. L'annonce est réellement simple : des honoraires jusqu'à 85 000 € par an, une imposition substitutive unique de 15 % qui remplace l'impôt sur le revenu et les additionnels régionaux et communaux, ramenée à 5 % les cinq premières années si l'activité est vraiment nouvelle et ne prolonge pas un emploi que tu viens de quitter. Aucune TVA n'est facturée ni récupérée. Dépasse 100 000 € d'honoraires et le régime cesse de s'appliquer la même année, la TVA étant due à compter du franchissement.
Ce que l'annonce cache, c'est que les 15 % ne s'appliquent pas à tes honoraires. Ils s'appliquent à un bénéfice réputé, obtenu en multipliant les honoraires par un coefficient de rentabilité fixé par code d'activité dans l'annexe de la loi de finances 2019, et ce coefficient diffère fortement entre un consultant, un commerçant et un constructeur. Séparément, des cotisations de retraite sont dues à l'institut national ou à la caisse de ta profession, à des taux et entre des planchers et plafonds de revenu que l'institut republie chaque année — pour 2026 dans sa circulaire numéro 8 du 3 février. Aucun de ces deux nombres ne peut être imprimé ici honnêtement sous forme de chiffre unique, et tout article qui t'en donne un sans demander ton code d'activité a deviné.
Le problème de calendrier dont personne ne te prévient
Chacune de ces chaînes est décalée vers l'arrière. En France, les cotisations sont mensuelles ou trimestrielles et l'impôt suit l'année ; en Allemagne, impôt sur le revenu et taxe professionnelle arrivent en acomptes que le fisc calcule sur ta dernière déclaration, si bien qu'une bonne année relève à la fois tes acomptes de l'année suivante et ton solde ; en Italie, l'imposition substitutive se règle l'année suivante avec des acomptes en plus. Le schéma est partout le même : ta première bonne année produit une facture d'impôt et de cotisations la deuxième, et si la deuxième est plus faible tu paies le taux de la première avec l'argent de la seconde.
La seule défense est mécanique, et elle est identique dans les trois pays : ouvre un second compte, vire-y un pourcentage fixe de chaque encaissement le jour même, et ne considère jamais ce compte comme disponible. Choisis le pourcentage à partir de la chaîne ci-dessus plutôt que de l'optimisme — dans l'exemple français, ce serait au moins 26 % pour les seules cotisations, avant le moindre euro d'impôt. Les indépendants qui échouent échouent rarement parce que leur tarif était trop bas. Ils échouent parce que l'argent avait été dépensé avant l'arrivée de la facture de la deuxième année.
| Étape | France (régime micro) | Allemagne (indépendant) | Italie (régime forfaitaire) |
|---|---|---|---|
| Plafond de chiffre d'affaires du régime | 203 100 € en vente, 83 600 € en prestations en 2026 | Aucun plafond — le régime est le régime ordinaire | 85 000 € d'honoraires, sortie immédiate à 100 000 € |
| Seuil de franchise de TVA | 37 500 € en prestations, 41 250 € en tolérance annuelle | 25 000 € l'année précédente et 100 000 € l'année en cours | Aucune facturée tant que le régime s'applique |
| Du chiffre d'affaires au bénéfice imposable | Abattement forfaitaire de 34 % en BNC, plancher de 305 € | Frais réels, justifiés — pas d'option forfaitaire | Coefficient fixé par code d'activité — cherche le vôtre |
| Cotisations sociales | 25,6 % du chiffre d'affaires en prestations non commerciales depuis le 1er janvier 2026, plus 0,2 % de formation | Assurance maladie obligatoire ; retraite obligatoire seulement pour les professions réglementées et quelques autres | Institut national ou caisse professionnelle — taux et limites de revenu refixés chaque année |
| Impôt sur le revenu | Barème ordinaire sur le foyer, ou versement libératoire optionnel pour les micro-entrepreneurs éligibles | Barème ordinaire, abattement de base de 12 348 € pour 2026, plus impôt d'Église de 8 ou 9 % selon le Land le cas échéant | Remplacé par une imposition substitutive de 15 %, ou 5 % les cinq premières années d'une activité réellement nouvelle |
| Impôt local d'entreprise | Cotisation foncière annuelle fixée par la commune, non due la première année civile | Aucun pour les professions libérales ; sinon taxe professionnelle au taux communal, plancher légal de 280 %, avec quatre fois la base imputée sur l'impôt sur le revenu | Impôt régional d'activité en principe non dû pour les contribuables au forfait |
Exemple calculé avec notre outil
Calculateur de TJM freelance
Données
- Revenu net visé / an
- 20 000,00 €
- Jours facturables / an
- 90
- Charges & impôts (%)
- 23
Résultat
- TJM à facturer
- 288,60 €
Ces chiffres sont produits par le calculateur ci-dessous, pas saisis à la main — ils sont recalculés à chaque évolution de l'outil.
Refaire ce calcul avec tes chiffres →Sur ce site
Questions fréquentes
- Le régime micro français est-il toujours l'option la moins chère ?
- Non, et le point de bascule est le rapport entre tes frais réels et ton chiffre d'affaires. Le régime répute les frais BNC égaux à 34 % des recettes et impose le reste. Un consultant dont les coûts font 10 % du chiffre d'affaires est imposé sur moins qu'il n'a gagné : c'est un vrai cadeau. Celui dont les coûts font 55 % est imposé sur de l'argent immédiatement ressorti, et le régime réel, où les frais réels se déduisent et les déficits se reportent, l'emportera le plus souvent malgré la comptabilité. Fais tourner les deux sur tes chiffres réels de l'an dernier avant de supposer que le simple est l'économique.
- Pourquoi les seuils français ont-ils changé, et lesquels s'appliquent maintenant ?
- Les plafonds de la micro-entreprise sont revalorisés par cycle de trois ans et non chaque année, d'où le fait que la même paire de chiffres circule inchangée pendant des années puis saute. Pour 2026, ils sont de 203 100 € en vente et 83 600 € en prestations, remplaçant l'ancienne paire que la plupart des résultats de recherche affichent encore. Le seuil de franchise de TVA est une règle entièrement distincte, avec ses propres nombres — 37 500 € en prestations, 41 250 € en tolérance annuelle — et confondre les deux est l'erreur la plus répandue : un indépendant peut être confortablement dans le régime micro et néanmoins tenu de facturer la TVA.
- Comment savoir si je relève d'une profession libérale en Allemagne ?
- La loi sur l'impôt sur le revenu contient une liste, et la liste compte plus que la façon dont tu te décrives. Elle nomme des métiers précis — médicaux, juridiques, techniques, d'enseignement, artistiques et journalistiques notamment — plus des activités de nature semblable, et c'est le fisc qui décide de quel côté de la ligne tu tombes, parfois des années après le début. Les développeurs sont le cas contesté classique : le même travail a été traité comme de l'ingénierie par un bureau et comme du commerce par un autre, l'écart valant un impôt entier. Si ta position est réellement discutable, fais-la trancher par écrit avant la première déclaration plutôt qu'après la troisième.
- Puis-je être en franchise de TVA et travailler avec des clients à l'étranger ?
- Oui, mais les règles changent de forme à la frontière et la franchise ne voyage pas automatiquement. Les services rendus à une entreprise d'un autre État membre sont en principe taxés là où se trouve le client, qui autoliquide la taxe — ce qui peut t'obliger à disposer d'un numéro de TVA tout en étant en franchise chez toi, et te crée des obligations déclaratives que tu n'avais pas. Un dispositif européen pour les petites entreprises permet désormais d'étendre la franchise au-delà des frontières sur demande, avec son propre numéro d'identification et une limite de chiffre d'affaires pour l'ensemble de l'Union. Pose la question avant la première facture transfrontalière, pas après.
- Quel pourcentage de chaque encaissement dois-je mettre de côté ?
- Construis-le à partir de ta propre chaîne plutôt que d'une règle empirique. Pars du taux de cotisation qui te concerne, ajoute le taux marginal d'impôt que tu attends à ton bénéfice annuel projeté plutôt que ton taux moyen, et ajoute l'impôt local étalé sur douze mois. Dans l'exemple micro français, cela fait 25,8 % de cotisations et formation avant le moindre impôt : moins de trente pour cent est donc optimiste, et quarante plus sûr pour une première année. Programme le virement en permanent, car le mode d'échec n'est jamais de mal décider — c'est de bien décider et de ne pas le faire.
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Ceci est une explication générale du fonctionnement d'une règle, et non un conseil fiscal, juridique ou social. Chaque taux, plafond et seuil est donné avec l'année à laquelle il s'applique et le texte qui le fixe, parce que ces chiffres sont révisés — certains chaque année, d'autres en cours d'année. Une convention collective, une règle régionale ou ta situation peuvent changer complètement la réponse : vérifie tout chiffre auprès de la source citée avant d'agir.
Sources
- Urssaf (autoentrepreneur.urssaf.fr) — L'essentiel du statut — 2026 micro-social rates: 12.3 %, 21.2 %, 25.6 % from 1 January 2026, 23.2 % for the regulated liberal fund, and the training levy
- Urssaf (autoentrepreneur.urssaf.fr) — 2026: modification des seuils de chiffre d'affaires ou de recettes — 203 100 € and 83 600 €, page updated 20 February 2026
- BOFiP — Direction générale des finances publiques — BOI-TVA-DECLA-40-10-10: franchise en base thresholds of 85 000 / 37 500 € and the increased 93 500 / 41 250 €
- Bundesministerium der Justiz — gesetze-im-internet.de — § 19 UStG (Kleinunternehmer, 25 000 / 100 000 €), § 11 and § 16 GewStG (24 500 € allowance, 3.5 % base, 280 % minimum multiplier), § 35 EStG (fourfold credit)
- Bundesministerium der Finanzen — Die wichtigsten steuerlichen Änderungen 2026 — the basic income-tax allowance of 12 348 €
- Agenzia delle Entrate — Regime forfetario — professionisti: the 85 000 € threshold, the per-activity profitability coefficient, the 15 % substitute tax and the 5 % start-up rate
- INPS — Circolare n. 8 del 3 febbraio 2026 — the 2026 Gestione Separata rates and the annual income floor and ceiling
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