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Une voiture de fonction est un salaire : ce que l'avantage en nature te coûte en France, Allemagne et Italie

Publié le 21/07/2026 · 14 min de lecture · Calculateurs auto

Camille Laurent

Camille LaurentRédactrice Finance chez Allin

Fiscalité · Finances personnelles

Vérifié à partir de 6 sources

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En bref

La voiture s'ajoute à ton assiette imposable et cotisable, et chaque pays calcule cet ajout différemment. La France applique un pourcentage au coût du véhicule : depuis le 1er février 2025, 15 % du prix d'achat pour une voiture de cinq ans ou moins, 20 % si l'employeur paie aussi le carburant, et pour un véhicule loué 50 % du coût global annuel de location, entretien et assurance, ou 67 % carburant compris. Sur un véhicule loué coûtant 9 000 € par an à l'employeur, carburant pris en charge, cela fait 6 030 € ajoutés à ta rémunération annuelle. L'Allemagne compte 1 % du prix catalogue brut national par mois, plus 0,03 % de ce même prix par kilomètre entre domicile et lieu de travail — sur un prix catalogue de 45 000 € et un trajet de 20 km, 720 € par mois soit 8 640 € par an. L'Italie ne regarde plus du tout le prix : pour les contrats conclus depuis le 1er janvier 2025, l'avantage vaut 50 % du coût kilométrique publié par l'Automobile Club d'Italia pour un forfait de 15 000 kilomètres. Les trois pays décotent désormais fortement l'électrique. La France réduit l'avantage de 70 %, plafonné à 4 641,60 € par an en 2026, pour les véhicules respectant le score environnemental du bonus écologique. L'Allemagne ne retient qu'un quart du prix catalogue pour un véhicule sans émission dont le prix catalogue brut n'excède pas 100 000 € — le plafond applicable à un véhicule acquis à partir du 1er juillet 2025 —, ce qui transforme les 720 € mensuels en 180 €. L'Italie abaisse le pourcentage de 50 à 10 pour les électriques à batterie et à 20 pour les hybrides rechargeables.

Une femme d'affaires sort d'une voiture noire, des documents à la main.
Pavel Danilyuk · Pexels · Pexels

Personne ne négocie une voiture de fonction comme une baisse de salaire, mais c'est ce qu'en fait le traitement fiscal. Trois pays valorisent la même voiture selon trois méthodes totalement différentes, l'une d'elles a changé en 2025 au point de presque doubler le chiffre, et dans les trois une voiture électrique est taxée à une fraction du même véhicule thermique.

Pourquoi la méthode compte plus que la voiture

Les trois systèmes mesurent trois choses différentes. La France mesure ce que dépense l'employeur : une location coûteuse produit donc un avantage élevé même si la voiture roule peu. L'Allemagne mesure le prix catalogue du constructeur à la première immatriculation, si bien que les options et un tarif élevé te pénalisent même si l'employeur a négocié une remise — et ce prix est figé pour toute la vie du véhicule, si bien qu'une voiture de quinze ans reste taxée sur son prix neuf. L'Italie, depuis 2025, ne mesure ni l'un ni l'autre : elle prend un coût kilométrique dans une table publiée et le multiplie par un forfait de 15 000 kilomètres, si bien que deux salariés avec le même modèle paient la même chose, quel qu'ait été le prix payé par l'employeur et quelle que soit la distance réellement parcourue.

Dans les trois cas, l'avantage s'ajoute au brut pour l'impôt comme pour les cotisations, ce qui explique qu'on le sous-estime facilement. Ce n'est pas une ligne payée une fois : elle relève l'assiette sur laquelle tout le reste se calcule, chaque mois, tant que tu as la voiture. C'est aussi pourquoi il interagit avec les seuils — un avantage suffisant pour te faire passer dans une tranche marginale supérieure coûte plus que sa valeur faciale, et dans un pays où les cotisations sont plafonnées il peut coûter moins si tu es déjà au-dessus du plafond.

France : l'arrêté de 2025 qui a presque doublé le chiffre

L'arrêté du 25 février 2025 a réécrit le barème forfaitaire pour tout véhicule mis à disposition à partir du 1er février 2025, et le changement est massif. Une voiture achetée de cinq ans ou moins passe de 9 % du prix d'achat à 15 %, ou de 12 % à 20 % si l'employeur prend aussi le carburant ; une voiture plus ancienne de 6 % à 10 %, ou de 9 % à 15 % avec carburant. Un véhicule loué passe de 30 % du coût global annuel de location, entretien et assurance à 50 %, et de 40 % à 67 % carburant compris. Les véhicules mis à disposition avant cette date conservent l'ancien barème : deux collègues au volant de voitures identiques peuvent donc porter des avantages très différents selon le mois où les clés ont changé de main.

Deux détails adoucissent le tableau. L'avantage sur un véhicule loué ne peut excéder ce qu'il aurait été si l'employeur l'avait acheté, le prix de référence étant le prix d'achat TTC par le loueur, rabais compris dans la limite de 30 % du prix conseillé par le constructeur. Et une voiture 100 % électrique respectant le score environnemental exigé pour le bonus écologique bénéficie d'une réduction de 70 %, plafonnée à 4 641,60 € par an en 2026 — sur notre exemple loué, l'avantage tombe de 6 030 € à 1 809 €. L'électricité prise en charge par l'employeur n'entre pas du tout dans le calcul, ce qui n'est pas le cas du carburant. Pour un véhicule mis à disposition avant février 2025, la réduction électrique reste l'ancienne, 50 %, plafonnée à 2 026,30 € en 2026.

Allemagne : un pour cent par mois, plus une taxe sur le trajet qu'on oublie

La règle allemande est courte et sans pitié. L'usage privé d'un véhicule d'entreprise vaut 1 % du prix catalogue national à la première immatriculation, options et TVA comprises, pour chaque mois civil. Si le véhicule peut aussi servir à rejoindre ton premier lieu de travail, la valeur augmente de 0,03 % de ce même prix catalogue par kilomètre de distance, chaque mois. C'est ce second élément qui fait grossir le chiffre : sur un prix catalogue de 45 000 €, l'usage privé seul vaut 450 € par mois, mais un trajet de 20 km ajoute 270 €, portant l'ajout annuel à ton assiette imposable et cotisable à 8 640 €. Un retour au domicile dans le cadre d'une double résidence est compté à part, à 0,002 % par kilomètre.

Deux échappatoires existent. La première est un carnet de bord en règle : si tu consignes chaque trajet et conserve les justificatifs des coûts totaux du véhicule, tu es imposé sur la part privée réelle et non sur les pourcentages forfaitaires — utile quand l'usage privé est réellement faible et le prix catalogue élevé. La seconde est l'électrification, et elle est énorme. Le plafond de prix catalogue a été relevé plusieurs fois, si bien que la date d'acquisition décide lequel s'applique : pour un véhicule sans émission acquis après le 30 juin 2025 et avant le 1er janvier 2031, la limite est de 100 000 €, contre 95 000 € pour un véhicule acquis après le 30 juin 2024 et 70 000 € auparavant. Sous la limite applicable à ton véhicule, on ne retient qu'un quart du prix catalogue — nos 720 € mensuels deviennent 180 €, soit 6 480 € de revenu imposable économisés par an. Les hybrides rechargeables bénéficient de la moitié, sous condition depuis 2025 d'émissions d'au plus 50 grammes par kilomètre ou d'une autonomie électrique d'au moins 80 kilomètres, contre 60 auparavant.

Italie : le passage des tranches de dioxyde de carbone au type de motorisation

Jusqu'à fin 2024, l'Italie graduait l'avantage selon le dioxyde de carbone : 25 % du coût des 15 000 kilomètres conventionnels pour les voitures émettant au plus 60 grammes par kilomètre, 30 % jusqu'à 160, 50 % jusqu'à 190 et 60 % au-delà. La loi de finances 2025 a remplacé ce barème en entier. Pour les voitures de première immatriculation attribuées en usage mixte au titre de contrats conclus à partir du 1er janvier 2025, l'avantage vaut 50 % du coût kilométrique de l'Automobile Club d'Italia pour un forfait de 15 000 kilomètres, ramené à 10 % pour les véhicules à batterie exclusivement électrique et 20 % pour les hybrides rechargeables, net de ce qui est retenu au salarié. Les émissions ne comptent plus ; la motorisation, oui.

La règle transitoire compte encore et se trompe facilement. Le barème d'émissions antérieur à 2025 continue de s'appliquer aux véhicules attribués en usage mixte entre le 1er juillet 2020 et le 31 décembre 2024, ainsi qu'aux véhicules commandés par l'employeur au plus tard le 31 décembre 2024 mais remis entre le 1er janvier et le 30 juin 2025. Comme les tables sont publiées par le ministère au plus tard le 31 décembre de chaque année avec effet sur la période d'imposition suivante, le chiffre qui gouverne ton bulletin cette année a été fixé en novembre dernier — ce qui fait de l'avantage italien le seul des trois que l'on puisse vérifier exactement, à l'avance, pour un modèle donné.

Les quatre questions à poser avant d'accepter les clés

D'abord : qu'est-ce qui est exactement inclus ? Le carburant est le plus grand écart en France, faisant passer un véhicule loué de 50 % à 67 % du coût annuel, et en Allemagne il est de toute façon compris dans le forfait. L'électricité est mieux traitée que le carburant en France, où la recharge payée par l'employeur n'entre pas du tout dans le calcul. Ensuite : quel est le chiffre de référence, et peux-tu le voir ? Demande le prix catalogue retenu en Allemagne, le coût annuel de la location en France, la ligne précise de la table nationale en Italie. Troisièmement : la voiture est-elle électrique, et remplit-elle les conditions ? Les décotes sont assez fortes pour que le même poste avec une autre voiture soit un salaire matériellement différent.

Quatrièmement, et c'est la question la moins posée : qu'arrive-t-il à ton net, pas à ton brut ? Sur l'exemple français en location, un avantage de 6 030 € par an coûte à un salarié au taux marginal de 30 % environ 1 809 € d'impôt, plus près de 575 € de prélèvements sociaux généraux à 9,7 % sur 98,25 % de l'avantage — près de 2 384 € avant les cotisations retraite qui s'y appliquent aussi. C'est ce chiffre qu'il faut comparer à ce que la même voiture te coûterait à titre privé, assurance, entretien et dépréciation compris, ce qui est souvent davantage. La voiture de fonction est fréquemment une bonne affaire. Ce n'est jamais une affaire gratuite, et c'est le bulletin de paie qui te l'apprend.

Les mêmes trois questions traitées par trois méthodes, règles 2026, chiffres calculés à partir des barèmes publiés
QuestionFranceAllemagneItalie
Ce qui est mesuréCe que l'employeur dépense pour la voitureLe prix catalogue à la première immatriculation, options et TVA comprisesUn coût kilométrique publié pour le modèle exact
La formule, à partir de 202515 % du prix d'achat (20 % avec carburant) si cinq ans ou moins ; loué : 50 % du coût annuel, 67 % avec carburant1 % du prix catalogue par mois, plus 0,03 % par kilomètre de trajet et par mois50 % du coût d'un forfait de 15 000 km
Exemple chiffré, essence ou dieselLoué à 9 000 € par an, carburant pris en charge : 6 030 € ajoutés à la rémunération annuellePrix catalogue 45 000 € et trajet de 20 km : 720 € par mois, 8 640 € par anPour un coût de table de 0,50 € du kilomètre : 3 750 € par an
Même exemple, électrique à batterieRéduction de 70 % plafonnée à 4 641,60 € en 2026 : 1 809 € par anUn quart du prix catalogue s'il n'excède pas 100 000 € : 180 € par mois, 2 160 € par an10 % au lieu de 50 % : 750 € par an au même coût de table
Le piègeLes véhicules mis à disposition avant le 1er février 2025 conservent l'ancien barème, bien plus basL'élément trajet croît avec la distance et est compté que tu utilises ou non la voiture pour celaLe barème d'émissions antérieur à 2025 régit encore les voitures commandées au plus tard le 31 décembre 2024 et remises au plus tard le 30 juin 2025

Exemple calculé avec notre outil

Calculateur de leasing auto (LLD/LOA)

Données

Prix du véhicule
60 000,00 €
Apport
6 000,00 €
Valeur résiduelle (%)
55
Durée (mois)
72
Taux annuel (%)
4,4

Résultat

Mensualité
451,17 €
Valeur résiduelle
33 000,00 €
Coût total
38 484,00 €

Ces chiffres sont produits par le calculateur ci-dessous, pas saisis à la main — ils sont recalculés à chaque évolution de l'outil.

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Questions fréquentes

Puis-je refuser la voiture et prendre l'argent à la place ?
Cela dépend entièrement de ton contrat et, dans beaucoup d'entreprises, d'une politique automobile qui traite le véhicule comme un attribut de niveau plutôt que comme un élément négociable. Là où une alternative en numéraire existe, la comparaison mérite d'être faite sérieusement : l'avantage en nature est imposé, mais la voiture est aussi assurée, entretenue et remplacée par quelqu'un d'autre, et la dépréciation — d'habitude le premier poste de coût d'une automobile — n'est pas la vôtre. Fais la comparaison sur le total que tu dépenserais à titre privé, pas sur le loyer mensuel, qui sous-estime ce que paie un propriétaire.
Le kilométrage privé réel a-t-il une importance ?
Sous les méthodes forfaitaires, non — et c'est tout leur objet. La France applique un pourcentage au coût, l'Allemagne au prix catalogue et l'Italie un forfait de 15 000 kilomètres : aucune ne regarde ton compteur. L'Allemagne fait exception en permettant d'en sortir : tiens un carnet de bord en règle consignant chaque trajet, conserve les justificatifs du coût total du véhicule, et tu es imposé sur la proportion privée réelle. C'est une vraie charge administrative, rentable seulement si l'usage privé est réellement faible face à un prix catalogue élevé : calcule les deux chiffres avant de t'engager dans une année de relevés.
Si je participe au coût de la voiture, l'avantage baisse-t-il ?
En principe oui, et l'Italie l'écrit dans la loi elle-même : l'avantage se calcule net des sommes retenues au salarié. La France et l'Allemagne aboutissent au même résultat par leurs propres règles sur la participation du salarié à un avantage en nature. Les points pratiques sont que le paiement doit être réel et documenté, qu'il doit en général se rapporter à la même période, et que payer plus que l'avantage ne crée pas de déduction. Si ton employeur propose un montage de type abandon de salaire, demande précisément comment il s'articule avec le barème forfaitaire plutôt que de supposer qu'il réduit le chiffre à l'unité près.
Pourquoi la décote électrique dépasse-t-elle largement l'écart d'émissions ?
Parce que c'est une subvention distribuée par la fiche de paie, pas une mesure. Les trois gouvernements ont choisi les flottes d'entreprise comme levier d'électrification, au motif qu'elles achètent une large part des voitures neuves et alimentent l'occasion quelques années plus tard. Cela fait des décotes des instruments de politique publique avec une date de péremption inscrite dedans : le taux au quart allemand est lié à une acquisition avant le 1er janvier 2031, la réduction française dépend d'un score environnemental lui-même révisé, et les pourcentages italiens figurent dans une loi de finances qu'une autre loi de finances peut remplacer. Traite la décote comme une donnée de l'année en cours, pas comme une propriété permanente des voitures électriques.
L'avantage affecte-t-il mes droits à retraite et à chômage ?
En général oui, et c'est le seul endroit où l'avantage joue en ta faveur. Parce qu'il s'ajoute à l'assiette de calcul des cotisations, il compte aussi dans les revenus qui déterminent les prestations contributives — une retraite calculée sur la carrière, ou une allocation chômage calculée sur un salaire de référence. L'effet n'est cependant pas symétrique : là où les cotisations sont plafonnées, un avantage qui te fait passer au-dessus du plafond ne crée aucun droit supplémentaire, et lorsqu'une prestation se calcule sur une période de référence limitée, seules les années où tu avais la voiture le montreront.

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Ceci est une explication générale du fonctionnement d'une règle, et non un conseil fiscal, juridique ou social. Chaque taux, plafond et seuil est donné avec l'année à laquelle il s'applique et le texte qui le fixe, parce que ces chiffres sont révisés — certains chaque année, d'autres en cours d'année. Une convention collective, une règle régionale ou ta situation peuvent changer complètement la réponse : vérifie tout chiffre auprès de la source citée avant d'agir.

Sources

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