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Indemnités kilométriques : les barèmes officiels en France, Espagne et Italie, et ce qu'ils ne couvrent pas

Publié le 22/07/2026 · 13 min de lecture · Calculateurs auto

Camille Laurent

Camille LaurentRédactrice Finance chez OneKitly

Fiscalité · Finances personnelles

Vérifié à partir de 6 sources

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En bref

La France publie un barème qui dépend de la puissance fiscale du véhicule et de la distance parcourue dans l'année : pour une 5 CV, c'est la distance multipliée par 0,636 jusqu'à 5 000 kilomètres, la distance multipliée par 0,357 plus 1 395 de 5 001 à 20 000, et la distance multipliée par 0,427 au-delà, avec une majoration de 20 % pour un véhicule électrique. Il n'a pas été revalorisé pour la déclaration 2026, ni pour celle de 2025 ; la dernière hausse date de 2023. L'Espagne n'a aucun barème : un montant unique de 0,26 € du kilomètre est exonéré d'impôt depuis le 17 juillet 2023, quel que soit le véhicule, plus péages et stationnement sur justificatif. L'Italie ne publie ni formule ni taux unique mais des coûts d'usage par modèle, élaborés par l'Automobile Club d'Italia au plus tard le 30 novembre de chaque année et publiés par le ministère au plus tard le 31 décembre pour s'appliquer l'année d'imposition suivante. Les trois ont en commun ce qu'ils sont censés couvrir — carburant, usure, entretien, assurance et dépréciation — et ce qu'ils excluent. Péages et stationnement sont hors du chiffre français comme du chiffre espagnol et se remboursent à part sur justificatif. Aucun ne couvre l'achat du véhicule. Et dans aucun des trois le trajet entre le domicile et le lieu de travail habituel n'est un déplacement professionnel : c'est un trajet domicile-travail, et il reste à ta charge.

Un compteur de vitesse gradué en km/h et en mph, en faible lumière.
Luke Miller · Pexels · Pexels

Un pays te donne une formule qui varie avec la puissance fiscale et la distance, un autre le même montant au kilomètre pour tout le monde, un troisième publie une table par modèle. Les trois prétendent couvrir tout le coût d'usage d'une voiture, et les trois laissent de côté des choses qu'on croit incluses.

Ce que le barème met réellement en prix

Une indemnité kilométrique n'est pas un remboursement de carburant, même si presque tout le monde la traite ainsi. C'est une estimation composite de ce qu'un kilomètre coûte à son propriétaire : carburant ou électricité, pneus, entretien, la part de prime d'assurance imputable à la distance supplémentaire, et la dépréciation, d'habitude le plus gros poste et celui qu'on ne sent pas. C'est pourquoi le chiffre français pour une 5 CV donne environ 0,64 € du kilomètre sur les 5 000 premiers kilomètres et seulement 0,53 environ à 8 000 : les coûts fixes s'étalent sur plus de distance, le chiffre marginal baisse donc à mesure qu'on roule.

La différence de conception entre les trois pays découle de ce que chacun cherche à être. Le barème français est une déduction d'impôt sur le revenu qui sert aussi de plafond en deçà duquel l'indemnité d'un employeur échappe aux cotisations — il lui faut donc refléter le coût réel avec une certaine précision, d'où les tranches de puissance et la structure dégressive. Le chiffre espagnol est une limite d'exonération pour un versement d'employeur, non un calcul de coût : un nombre unique est plus simple à administrer et plus grossier dans ses effets. Les tables italiennes ne sont ni une déduction ni un plafond mais une référence de coût publiée qui sert à plusieurs usages à la fois, dont l'avantage voiture de fonction, d'où le fait qu'elles soient par modèle et non par catégorie.

France : un barème immobile depuis trois ans

Pour la déclaration déposée en 2026 sur les revenus 2025, le barème voiture est le suivant : jusqu'à 3 CV, la distance multipliée par 0,529 jusqu'à 5 000 kilomètres, par 0,316 plus 1 065 de 5 001 à 20 000, par 0,370 au-delà ; pour 4 CV, 0,606, puis 0,340 plus 1 330, puis 0,407 ; pour 5 CV, 0,636, puis 0,357 plus 1 395, puis 0,427 ; pour 6 CV, 0,665, puis 0,374 plus 1 457, puis 0,447 ; à partir de 7 CV, 0,697, puis 0,394 plus 1 515, puis 0,470. Un véhicule électrique bénéficie d'une majoration de 20 % sur la ligne applicable. Huit mille kilomètres professionnels en 5 CV donnent donc 4 251 €, et 5 101,20 € si la voiture est électrique.

Le barème a une seconde vie qui compte plus, pour la plupart des gens, que la déclaration de revenus. Un employeur qui verse une indemnité kilométrique forfaitaire peut la sortir de l'assiette des cotisations à condition qu'elle reste dans les limites du barème fiscal et qu'elle soit justifiée : il faut prouver l'existence du déplacement, tenir le relevé des kilomètres et produire la carte grise. À défaut, l'indemnité est intégrée à l'assiette et traitée comme un salaire. L'avertissement important pour 2026 est que le barème n'a pas été revalorisé pour la déclaration 2026, ni pour celle de 2025 — la dernière hausse, de 5,4 %, remonte à 2023 — alors que l'assurance, l'entretien et le prix des véhicules n'ont pas fait de pause : le barème est donc progressivement moins généreux en termes réels, même si les chiffres imprimés sont identiques.

Espagne : un seul chiffre, et ce qu'il masque

Depuis le 17 juillet 2023, le montant qu'un employeur peut verser en franchise d'impôt pour l'usage du véhicule personnel d'un salarié est de 0,26 € par kilomètre parcouru, à condition que la réalité du déplacement soit établie, plus les péages et frais de stationnement sur justificatif. Il a remplacé 0,19 €, chiffre en vigueur depuis 2005 et devenu indéfendable. La simplicité est réelle, son coût aussi : le même montant s'applique à une petite citadine et à une grosse berline, à un conducteur faisant 2 000 kilomètres par an comme à un autre en faisant 25 000, alors que le coût réel au kilomètre diffère fortement entre ces cas.

La conséquence pratique se voit d'un coup avec une comparaison. Huit mille kilomètres professionnels valent 4 251 € au barème français des 5 CV et 2 080 € au taux espagnol — un écart de 2 171 € pour la même conduite. Cela ne rend pas la règle espagnole fausse ; cela signifie qu'en Espagne le montant au-delà du seuil exonéré, si l'employeur paie davantage, est simplement du salaire imposable, et qu'un salarié dont la voiture coûte réellement cher à faire rouler absorbe une part du coût. Si ton employeur verse exactement le montant exonéré et rien de plus, la question à trancher est de savoir si 0,26 couvre ta voiture, ce que tu peux vérifier avec tes coûts annuels réels divisés par tes kilomètres annuels réels.

Italie : une table par modèle, et un changement de 2025 qui a compté

L'Italie ne fixe aucun taux unique. L'Automobile Club d'Italia élabore chaque année, avant le 30 novembre, des tables nationales de coût kilométrique par modèle, le ministère les publie avant le 31 décembre et elles prennent effet pour l'année d'imposition suivante. Pour un déplacement hors de la commune du lieu de travail, le code des impôts propose trois systèmes exclusifs l'un de l'autre : une indemnité journalière forfaitaire exonérée jusqu'à 46,48 € en Italie et 77,47 € à l'étranger, hors frais de voyage et de transport ; un système mixte où cette indemnité est réduite d'un tiers si le logement ou les repas sont aussi remboursés et de deux tiers si les deux le sont ; et un système analytique remboursant les coûts justifiés, avec 15,49 € par jour de dépenses non justifiables exonérées en plus, 25,82 € à l'étranger. Dans les trois, une indemnité kilométrique calculée sur les tables est exonérée dès lors qu'elle est correctement justifiée.

Le changement à connaître concerne les déplacements à l'intérieur de la commune. Jusqu'à fin 2024, la loi n'exonérait que les frais de transport justifiés par des documents émanant du transporteur, c'est-à-dire en pratique un taxi ou un billet de train — un remboursement pour l'usage de sa propre voiture sur un trajet local était intégralement imposable. Le décret délégué pris en application de la loi d'habilitation de 2023 a remplacé cette formule par des frais de voyage et de transport prouvés et justifiés, supprimant la référence au transporteur. Résultat : depuis le 1er janvier 2025, une indemnité kilométrique fondée sur les tables est exonérée même pour un trajet intra-communal, à condition d'être correctement justifiée. Les péages justifiés sont exonérés comme frais de voyage, et le stationnement aussi lorsque le justificatif identifie sans ambiguïté le véhicule et la durée.

Ce qu'aucun des trois barèmes ne couvre

La première exclusion est la plus grosse : le trajet entre le domicile et le lieu de travail habituel n'est un déplacement professionnel dans aucun des trois systèmes. C'est un trajet domicile-travail, et l'allègement qui peut exister à ce titre relève d'une règle distincte avec ses propres limites. La deuxième est l'achat du véhicule. Un barème kilométrique met en prix l'usage d'une voiture que tu possèdes déjà ; il ne financera pas son acquisition, et si ton emploi exige une voiture que tu n'aurais pas achetée autrement, le barème n'est pas conçu pour te rendre indemne. La troisième est tout ce qui sort de l'ordinaire : surprime d'assurance pour usage professionnel, abonnement de stationnement, nettoyage après transport de matériel. Certains de ces postes peuvent être remboursés à part sur justificatif, et demander vaut mieux que supposer.

Le test pour savoir si un barème te traite correctement est un calcul de dix minutes. Additionne une année complète de coûts d'usage de ta voiture — assurance, entretien, pneus, taxe de circulation le cas échéant, carburant ou recharge, et l'écart entre ce que valait la voiture en janvier et ce qu'elle vaut aujourd'hui — et divise par les kilomètres parcourus. Compare ce nombre à ce que verse le barème. S'il est plus élevé, tu es gagnant et peux continuer ; s'il est plus bas, la différence multipliée par tes kilomètres professionnels est une perte annuelle réelle, et c'est ce chiffre qu'il faut poser devant un employeur plutôt qu'une plainte générale sur le taux.

Trois systèmes sur les mêmes huit mille kilomètres professionnels, règles 2026 ; chiffres calculés à partir des barèmes publiés
AspectFranceEspagneItalie
Comment le montant est fixéUne formule par puissance fiscale et distance annuelle, révisée par l'administration fiscaleUn taux unique exonéré fixé par arrêté ministérielDes tables de coût d'usage par modèle, élaborées avant le 30 novembre et publiées avant le 31 décembre
Huit mille kilomètres professionnels4 251 € pour une 5 CV ; 5 101,20 € si électrique2 080 €, quel que soit le véhiculeDépend du coût kilométrique publié pour le modèle — à rechercher
Le véhicule compte-t-il ?Oui — par puissance fiscale, plus 20 % de majoration pour l'électriqueNonOui — la table est par modèle
Péages et stationnementHors barème ; le stationnement peut être exclu de l'assiette des cotisations sur justificatifExonérés en plus, sur justificatifExonérés comme frais de voyage lorsqu'ils sont justifiés ; le stationnement doit identifier véhicule et durée
Déplacements à l'intérieur de ta communeCouverts s'ils sont réellement professionnels et justifiésCouverts si le déplacement est justifiéExonérés depuis le 1er janvier 2025 ; auparavant, seul le transport justifié par le transporteur l'était
Domicile-travailPas un déplacement professionnelPas un déplacement professionnelPas un déplacement professionnel

Exemple calculé avec notre outil

Calculateur de remboursement kilométrique

Données

Distance (km)
200
Tarif par km
0,55

Résultat

Remboursement
110,00 €

Ces chiffres sont produits par le calculateur ci-dessous, pas saisis à la main — ils sont recalculés à chaque évolution de l'outil.

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Questions fréquentes

Mon employeur paie moins que le barème. Puis-je réclamer la différence ?
Pas auprès de l'employeur automatiquement — le barème est un plafond fiscal et social, pas un droit. Ce que tu peux souvent faire, c'est récupérer la différence par ta propre déclaration, là où un pays permet de déduire les frais professionnels réels au lieu d'un abattement forfaitaire. En France, cela signifie opter pour les frais réels plutôt que pour la déduction forfaitaire, et ce n'est rentable que si l'ensemble de tes frais professionnels dépasse cette déduction. La comparaison doit porter sur toute la déclaration, pas sur les seuls kilomètres, et l'arithmétique change avec le revenu : calcule les deux versions avant de choisir.
Pourquoi le taux français au kilomètre baisse-t-il quand je roule plus ?
Parce que les coûts d'une voiture sont en partie fixes et en partie variables, et que le barème le reflète. Assurance, taxes et une bonne part de la dépréciation existent que la voiture roule ou non : les mille premiers kilomètres en portent donc une lourde part et le dix-millième presque aucune. La structure en tranches approxime cette courbe : pour une 5 CV, 0,636 € du kilomètre sur les 5 000 premiers tombe à 0,53 € effectif à 8 000 et environ 0,45 € à 15 000. Cela signifie aussi que le barème récompense la concentration des kilomètres professionnels sur un seul véhicule plutôt que leur partage entre deux.
Ces barèmes s'appliquent-ils aussi aux indépendants ?
Souvent, mais sous d'autres conditions et parfois avec un barème distinct. La France publie un barème kilométrique utilisé par les salariés et par certaines professions non commerciales, et un barème « carburant seul » distinct pour certaines entreprises individuelles sous comptabilité simplifiée — ce n'est pas la même table et elles ne sont pas interchangeables. Un indépendant sous régime forfaitaire ne peut généralement rien déduire à part, l'abattement étant réputé inclure déjà les frais de véhicule. Vérifie quel instrument s'applique à ton statut avant d'adopter un chiffre vu pour des salariés.
Quels justificatifs dois-je réellement conserver ?
Plus que la plupart des gens n'en gardent, et l'exigence est la même dans l'esprit partout : la preuve que le déplacement a eu lieu, la preuve de la distance, et la preuve que le véhicule est le vôtre. En France, un employeur qui invoque l'exonération doit détenir la carte grise et un relevé indiquant les kilomètres par jour, ainsi que la justification du caractère professionnel du déplacement ; à défaut, l'indemnité entre dans l'assiette des cotisations. L'Espagne exige que la réalité du déplacement soit justifiée. L'Italie demande que l'indemnité kilométrique soit prouvée et justifiée, ce qui, après le changement de 2025, est précisément ce qui rend un trajet local exonéré. Un journal daté indiquant destination, motif et distance satisfait les trois, et prend une minute par jour.
Une voiture électrique est-elle avantagée ou pénalisée par ces règles ?
Avantagée en France, neutre en Espagne, et cela dépend du modèle en Italie. Le barème français ajoute 20 % pour un véhicule électrique, ce qui sur huit mille kilomètres en 5 CV fait passer le montant de 4 251 € à 5 101,20 € — reconnaissance du fait que le prix d'achat, et donc la dépréciation, est plus élevé, même si l'énergie coûte moins cher. Le chiffre unique espagnol ne fait aucune distinction : une électrique à faible coût d'usage s'en tire relativement bien face aux 0,26 €, une grosse voiture mal. Les tables italiennes sont par modèle : la réponse est ce que dit la table pour le vôtre, il n'y a pas de règle générale à citer.

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Ceci est une explication générale du fonctionnement d'une règle, et non un conseil fiscal, juridique ou social. Chaque taux, plafond et seuil est donné avec l'année à laquelle il s'applique et le texte qui le fixe, parce que ces chiffres sont révisés — certains chaque année, d'autres en cours d'année. Une convention collective, une règle régionale ou ta situation peuvent changer complètement la réponse : vérifie tout chiffre auprès de la source citée avant d'agir.

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