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La règle des 4 % : ce qu'elle affirme réellement

Publié le 04/05/2026 · 7 min de lecture · Calculateurs finance

Camille Laurent

Camille LaurentRédactrice Finance chez OneKitly

Fiscalité · Finances personnelles

Vérifié à partir de 2 sources

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En bref

La règle des 4 % dit que la première année de retraite tu retires 4 % du portefeuille, puis relève ce même montant de l'inflation chaque année suivante, et qu'historiquement l'argent a duré 30 ans. Elle vient de l'article de William Bengen de 1994 et de l'étude Trinity de 1998, qui ont toutes deux rétro-testé un portefeuille américain d'actions et d'obligations sur l'histoire des marchés depuis 1926 ; le succès signifiait que le capital n'atteignait pas zéro en 30 ans, pas qu'il restait quelque chose aux héritiers. L'arithmétique sous-jacente est simplement la dépense annuelle divisée par le taux de retrait : 40 000 € par an exigent 1 000 000 € à 4 %, 1 142 857 € à 3,5 % et 1 333 333 € à 3 % — un tiers de capital en plus pour un demi-point de moins. Quatre objections pèsent sur ce chiffre d'affiche : une mauvaise série de rendements dans les premières années fait bien plus de dégâts que les mêmes rendements plus tard, une retraite de plus de 30 ans exige un taux plus bas, les marchés non américains ont fait moins bien que les États-Unis sur la même période, et les frais se prélèvent d'entrée, si bien qu'un point de frais représente le quart d'un retrait de 4 %. Cet article explique d'où vient le chiffre ; ce n'est pas un conseil en investissement.

Dépenser 40 000 € par an exige 1 000 000 € à 4 % et 1 333 333 € à 3 %. D'où vient ce chiffre, ce qu'il mesurait, et les quatre objections qui comptent.

Ce que la recherche d'origine a réellement testé

William Bengen, planificateur financier américain, a publié ce calcul en 1994. Il a pris un portefeuille partagé entre actions et obligations américaines, l'a passé dans toutes les fenêtres de 30 ans de l'historique des marchés depuis 1926, et a cherché quel taux de retrait initial aurait survécu même à la pire d'entre elles. La réponse se situait un peu au-dessus de 4 %. L'étude Trinity de 1998, due à trois professeurs de la Trinity University au Texas, a mené un exercice voisin sur plusieurs répartitions actions-obligations et publié des taux de réussite plutôt qu'un chiffre unique ; à elles deux, elles expliquent pourquoi 4 % est devenu le chiffre que tout le monde cite.

Trois détails de ce protocole disparaissent dans la vulgarisation, et chacun rétrécit ce que la règle promet. L'horizon était de 30 ans : le test ne dit rien de la trente et unième année. Le retrait était fixe en termes réels : tu prends 4 % une seule fois, la première année, et la règle pilote ensuite un montant en euros indexé sur l'inflation, pas un pourcentage du solde courant. Enfin, le succès était défini comme le fait que le portefeuille n'atteigne pas zéro avant la fin des 30 ans — une trajectoire finissant à presque rien comptait comme un succès au même titre qu'une autre ayant quadruplé.

Les quatre objections qui comptent

La première est le risque lié à l'ordre des rendements. Deux retraites peuvent connaître exactement le même rendement moyen sur 30 ans et finir à des endroits complètement différents, parce qu'un krach dans les premières années frappe un capital important sur lequel on prélève encore, et l'argent vendu au plus bas n'est jamais là pour rebondir. La deuxième est la longévité : 30 ans est l'horizon de quelqu'un qui part à 65 ans, mais qui s'arrête à 50 en a besoin de 40 ou 45, et le taux soutenable baisse à mesure que l'horizon s'allonge — c'est pourquoi la littérature sur la retraite anticipée travaille en général avec 3 à 3,5 % plutôt que 4.

La troisième objection est géographique. Le rétro-test portait sur le marché qui s'est trouvé avoir le meilleur palmarès de long terme du vingtième siècle, et les travaux qui étendent la méthode à d'autres pays développés trouvent en général des taux soutenables plus bas sur les mêmes décennies — appliquer un chiffre américain à un portefeuille européen, c'est emprunter l'histoire d'un autre. La quatrième est la plus terre-à-terre : les frais sont prélevés avant tout retrait, si bien qu'un portefeuille facturé 1 % par an abandonne le quart d'un prélèvement de 4 % avant même que le premier versement quitte le compte. Celle-là est entièrement sous ton contrôle, contrairement aux trois autres.

Se servir de l'arithmétique sans la prendre pour une promesse

La division elle-même est saine et utile : la dépense divisée par le taux donne le capital, et l'inverse donne le multiple — 25 fois la dépense annuelle à 4 %, 28,6 fois à 3,5 %, 33,3 fois à 3 %. Lis le tableau comme un test de sensibilité et non comme une cible. Ce qu'il montre le plus nettement, c'est le prix de la prudence : passer de 4 à 3 % ajoute 333 333 € à l'exigence pour les mêmes 40 000 € de dépenses, soit un tiers de capital en plus et, pour la plupart des gens, plusieurs années de travail supplémentaires.

Deux ajustements changent le tableau plus que le choix du taux. Toute pension ou prestation publique réduit la dépense que le portefeuille doit couvrir, et le capital exigé baisse du même multiple — une prestation de 10 000 € par an retire 250 000 € de l'exigence à 4 %. Et un retrait qui s'assouplit, en sautant la revalorisation après une année de baisse ou en rognant les dépenses non essentielles, survit à des marchés bien pires qu'un retrait rigide, parce qu'il cesse de vendre dans la chute. Rien de tout cela n'est une recommandation sur ta situation ; c'est l'arithmétique qui sous-tend la discussion.

Multiple de la dépense annuelle
Le capital nécessaire pour 40 000 € par an, selon le taux de retrait
Taux de retraitCapital pour 40 000 € par anMultiple de la dépense annuelleRevenu tiré de 1 000 000 €
3,0 %1 333 333 €33,3 ×30 000 €
3,5 %1 142 857 €28,6 ×35 000 €
4,0 %1 000 000 €25,0 ×40 000 €
4,5 %888 889 €22,2 ×45 000 €
5,0 %800 000 €20,0 ×50 000 €

Exemple calculé avec notre outil

Calculateur de retrait retraite (règle des 4 %)

Données

Épargne retraite
1 000 000,00 €
Taux de retrait (%)
4,4

Résultat

Revenu annuel
44 000,00 €
Revenu mensuel
3 666,67 €

Ces chiffres sont produits par le calculateur ci-dessous, pas saisis à la main — ils sont recalculés à chaque évolution de l'outil.

Refaire ce calcul avec tes chiffres

Questions fréquentes

Prend-on 4 % du solde chaque année, ou indexe-t-on le premier retrait ?
La règle telle qu'elle a été testée indexe le premier retrait. Tu prends 4 % une fois, puis relève ce montant de l'inflation chaque année, quoi qu'ait fait le portefeuille. Prendre 4 % du solde courant chaque année est une autre règle : elle ne peut jamais s'épuiser, puisque tu retires toujours une fraction de ce qui reste, mais ton revenu baisse avec le marché précisément les années où cela t'arrangerait le moins.
Les 4 % s'entendent-ils avant ou après impôt ?
Avant. Les 4 % sont le montant brut qui sort du portefeuille, et l'impôt applicable à ce retrait dans ton pays s'y prélève, tout comme les frais de plateforme et de fonds. Si tu as besoin de 40 000 € à dépenser et que le retrait est imposé à 20 %, le montant brut est de 50 000 €, et le capital impliqué par la règle vaut 25 fois cela, pas 25 fois ce que tu dépenses.
La règle tient-elle encore pour une retraite de 45 ans ?
Elle n'a jamais été testée sur une telle durée. Le rétro-test portait sur des fenêtres de 30 ans : une retraite de 45 ans sort de ce que la recherche a mesuré, et le taux soutenable baisse quand l'horizon s'allonge. Les travaux sur les horizons très longs se situent en général entre 3 et 3,5 %, ce qui explique que le tableau ci-dessus commence à 3 % et non à 4 — et pourquoi qui prévoit d'arrêter tôt doit lire la ligne à 3 %, pas la célèbre.

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Cet article explique d'où vient un chiffre très cité et ce qu'il mesurait. C'est une information générale, non un conseil en investissement ou en retraite, et elle ne tient aucun compte de ta situation. L'historique des marchés ne garantit pas les rendements futurs.

Sources

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